Le site de référence sur la série fbi portés disparus
Bienvenue sur www.fbi-fr.net nous sommes le jeudi 12 décembre bonne fête aux Chantal.
Pseudo : Nemesis
Genre : PG-13
Résumé : L'équipe recherche un antiquaire qui a disparu mais bien vite les choses se compliquent.
Disclaimer : Hélas, l'univers de "FBI : Portés disparus" et ses personnages ne sont pas à moi. De plus, les marques citées dans cette fiction appartiennent à leurs propriétaires respectifs.
Complète : Oui.


"To go out on a limb"


[Appartement de Jack Malone - 06H25]
Alors que les premiers rayons du soleil venaient lécher ses fenêtres, Jack ouvrit péniblement les yeux. Un coup d’oeil à son radio-réveil lui indiqua qu’il lui restait cinq minutes de repos. Pas la peine de se rendormir pensa t-il. Il préféra rester allongé, les yeux rivés sur le plafond comme s’il s’agissait d’une porte menant vers un autre monde, parfait de préférence. Dans sa vie à lui, rien n’était parfait : aucune femme pour un réveil coquin, aucune odeur de café qui donne envie de sortir des bras de Morphée et aucun enfants les cheveux ébouriffés et les yeux encore plein de sommeil. Non, il était seul dans ce grand lit froid et cela ne datait pas d’hier. Bip, bip, bip. Le réveil sonna enfin. Ce n’était peut être pas plus mal.


[FBI – Service des personnes disparues]
Lorsqu’il arriva au bureau, ses agents se trouvaient déjà sur place, réunis autour de la table de conférence. Une grande agitation régnait dans les locaux, signe qu’une nouvelle personne avait disparu. Un rapide coup d’oeil au tableau blanc confirma sa première impression : la photo d’un homme d’une quarantaine d’années y avait été affichée. Jack rejoignit ses collègues.

JACK : Bonjour à tous. Qu’est-ce qu’on a ?
DANNY : Salut. Charles Connors, 43 ans, marié et père de deux enfants. Et devine quelle est sa profession.
JACK : Hum... antiquaire ?
MARTIN : Dans le mille.
JACK : C’est le troisième en deux mois.
DANNY : Je ne sais pas s’il s’agit d’une épidémie mais il ne fait pas bon à exercer ce métier en ce moment.
JACK : Quand a-t-il été vu pour la dernière fois ?
VIVIAN : Hier soir un client l’a vu dans son magasin vers 18H30.
JACK : Cette affaire est prioritaire. Il faut absolument qu’il soit retrouvé rapidement sinon il finira dans l’Hudson comme ses confrères. Martin et Vivian rendez vous au magasin avec les gars de la scientifique et trouvez-moi le moindre commencement d’indices. Sam tu viens avec moi, on va aller rendre visite à sa femme. Toi Danny tu restes ici et tu me trouves tout ce que tu peux sur ce type.


[Disparu depuis 15 heures]
[Magasin de Charles Connors]

Les hommes de la scientifique étaient déjà à pied d’oeuvre quand Vivian et Martin arrivèrent dans le magasin de Charles Conors. L’agent Fitzgerald avait toujours eu de l’admiration pour ces gars mi-flics mi-scientifiques qui pouvaient amener à résoudre une enquête à partir d’indices microscopiques. Les voir gratter sous les ongles des victimes, se servir de produits comme le luminol pour faire apparaître des empreintes invisibles à l’oeil nu ou bien encore utiliser des logiciels issus des dernières évolutions technologiques le fascinait totalement. Souvent d’ailleurs, il pensait que cette branche du métier l’aurait passionné mais il n’était nostalgique en aucun cas. Il aimait rechercher sans relâche les personnes disparues. Justement, il fallait qu’il se mette au travail car, perdu dans ses pensées, il ne s’était pas aperçu que Vivian était déjà en train d’interroger le comptable et qu’il faisait de la figuration. Il les rejoignit donc et pris l’interrogatoire en route. L’homme était petit, bruns aux yeux verts et une calvitie naissante dégarnissait son crâne par endroit.

VIVIAN : ... et il n’avait pas de souci d’argent ces derniers temps ?
LE COMPTABLE : Non, tout allait plutôt bien. Vous savez de nombreux collectionneurs sont prêts à débourser des fortunes pour des objets informes et inutiles.
VIVIAN : Et semblait-il soucieux ?
LE COMPTABLE : Non au contraire. Je crois qu’il allait recevoir des pièces d’une grande rareté et il semblait disons... rayonnant.
MARTIN : Quel genre de pièces ?
LE COMPTABLE : Je ne sais pas. Vous savez je ne travaille pas ici à plein temps et M. Connors ne me dit pas tout.
VIVIAN : Pourtant vous dîtes qu’il allait acquérir des pièces rares. Où se procurait-il l’argent ? Les transactions doivent bien apparaître quelque part.
LE COMPTABLE : Je suis désolé, je n’en sais pas plus.
MARTIN : M. Meyer, nous n’insultons votre intelligence alors n’insultez pas la notre. Vous ne pensez quand même pas sérieusement nous faire croire que vous n’êtes au courant de rien ?
LE COMPTABLE : Ecoutez, je ne voudrais pas créer de problèmes à M. Connors mais je crois qu’il disposait de fortes sommes en liquide.
VIVIAN : Et savez-vous d’où provenait cet argent ?
LE COMPTABLE : Non, tout ce que je peux vous dire c’est que les comptes sont limpides et qu’il ne piochait pas dans la caisse.
VIVIAN : Merci M. Meyer. Nous vous recontacterons peut être alors veuillez rester à la disposition de la justice.

Meyer acquiesça et s’éloigna.

VIVAN : Alors l’homme ne déclare pas de fortes sommes d’argent aux impôts et acquiert des objets de très grandes valeurs sans s’endetter.
MARTIN : Pas étonnant qu’il ait disparu, ça sent le trafic à plein nez.
VIVIAN : Il faut absolument déterminer avec précision dans quoi il trempait si on veut avancer.


[Domicile de Charles Connors]
Une femme aux yeux rouges et bouffis vint ouvrir aux deux agents.

JACK : Madame Connors ?
MME CONNORS : Oui.
JACK : Agent Malone du FBI et voici l’agent Spade. Nous souhaiterions vous poser quelques questions, pouvons nous entrer ?
MME CONNORS : Oui bien sûr, je vous attendais.

Elle les conduisit jusque dans le salon où ils s’installèrent dans les fauteuils qu’elle leur désigna.

SAM : A quelle heure avez-vous signalé la disparition de votre mari ?
MME CONNORS : A 23 heures environ. D’habitude Charles rentre à la maison à 19H15. Quand j’ai vu qu’il n’était pas de retour j’ai fait dîner Tom en pensant qu’il avait eu un contretemps mais plus tard dans la soirée j’ai vraiment pris peur. Vous savez avec tout ce qu’on voit de nos jours. J’ai appelé ses amis, ses collègues et ses connaissances mais personne ne l’avait vu alors j’ai contacté les autorités. Vous pensez que... vous pensez qu’il est mort ?

Avant toute réponse possible, elle fondit en larmes.

SAM (doucement) : Il est encore trop tôt pour pouvoir le déterminer, cependant les premières heures de l’enquête sont capitales et nous avons besoin de vous.
MME CONNORS : Oui, pardonnez-moi.
JACK : Pourriez vous nous dire si votre mari avait changé ces derniers temps ? Est-ce qu’il rentrait tard ou recevait des coups de fil étranges ?
MME CONNORS : Non voyons.
JACK : Vous êtes sûre ? Réfléchissez bien.
MME CONNORS : Et bien... je ne sais pas si ça a un rapport mais il y a deux jours je l’ai trouvé en train de pleurer dans son bureau. Il venait d’aller coucher Tom. J’ai essayé de le faire parler mais il est resté muet et m’a assuré que tout allait bien.
JACK : Et votre fils ne vous a rien dit ?
MME CONNORS : Non, le lendemain je devais me rendre à la clinique et Tom avait raté son bus alors c’était un peu la panique.
SAM : De quelle clinique parlez-vous ?
MME CONNORS : La clinique Kennedy à Manhattan. Ma fille est atteinte d’une leucémie et y est hospitalisée.
JACK : Désolé. Pourrions-nous parler à son frère ?
MME CONNORS : Mon fils est chez ses grands-parents. L’atmosphère ici étant pesante je leur ai demandé de le garder quelques jours.
JACK : Madame Connors, nous devons découvrir pourquoi votre mari était si bouleversé. Je vous promets qu’on ira le plus vite possible.
MME CONNORS (soupirant) : Très bien.


[FBI – Service des personnes disparues]
Danny pianotait frénétiquement sur le clavier de son ordinateur quand Jack et Sam revinrent au bureau.

JACK : Du nouveau ?
DANNY : J’ai découvert que la fille des Connors souffre d’une leucémie et est hospitalisée dans une clinique très chic de Manhattan. Ses frais de traitements coûtent une vraie fortune mais les parents ont toujours payé rubis sur l’ongle. Par ailleurs, monsieur possède un compte personnel dans un autre état. Rien de probant au niveau de son commerce, tout semble en règle.
JACK : Vivian m’a pourtant appelé pour me dire que des pièces très rares étaient achetées et revendues sans que cela n’apparaisse nulle part.
DANNY : Tu penses à un trafic au noir.
JACK : Je ne sais pas encore.
Martin et Vivian revinrent à ce moment là.
JACK : Du nouveau ?
MARTIN : Nous avons interrogé le gérant du magasin d’électronique en face de la boutique de Connors. Il dit que certaines nuits il se passe un étrange manège avec de gros vans noirs.
SAM : Et comment sait-il ça ?
MARTIN : Grâce aux caméras qu’il a installé depuis qu’il s’est fait braqué.
JACK : Vous avez récupéré les bandes ?
VIVIAN : Bien sûr, les techniciens les analysent en ce moment.
JACK : Allez les aider, je veux savoir si Connors en personne apparaît dessus. Sa très chère femme nous a affirmé qu’il rentrait gentiment à la maison tous les soirs vers 19H30.
VIVIAN : Ok. Par contre, nous avons croisé Van Doren et elle souhaitait te voir dans son bureau.
JACK : Maintenant ?
VIVIAN : Oui.
JACK : Sam, Mme Connors et son fils devraient arriver dans une demi-heure. Interroge le petit et tente de savoir si la mère a menti au sujet des allés et venus de son mari.

Sur ce, Jack s’en alla d’un pas décidé, laissant les autres agents se demander du regard ce que Van Doren pouvait bien avoir de si important à lui dire pour le déranger au beau milieu d’une enquête.


[FBI – Service des personnes disparues – Bureau de Paula Van Doren]
Trois coups frappés à la porte lui firent lever le nez de ses dossiers.

PAULA VAN DOREN : Entrez ! Je vous attendais.

Jack s’installa dans le siège faisant face à son interlocutrice.

JACK : Vous vouliez me voir ?
PAULA VAN DOREN : En effet. Il y a une heure j’ai reçu un appel de John Mortensen.
JACK : John Mortensen ? Le directeur de l’unité spéciale contre le trafic d’art ?
PAULA VAN DOREN : En effet. Il a appris que vous travaillez sur la disparition de Charles Connors et cette information l’a intéressée au plus haut point.
JACK : Ainsi Connors trempe bien dans des affaires louches ?
PAULA VAN DOREN : Mortensen manque encore de preuves mais ce qui est sûr c’est que notre homme n’est pas blanc comme neige et qu’il sait des choses qui pourraient lui coûter la vie.
JACK : Qu’attend il de nous ?
PAULA VAN DOREN : De nous rien, mais de vous beaucoup. Mortensen sait que vous avez une solide réputation et que vous êtes un agent expérimenté.
JACK : Vous êtes sûr qu’on parle de moi ? Je pensais plutôt que depuis l’enquête de l’OPR les hauts placés de la ville doutaient de mes compétences.
PAULA VAN DOREN (agacée) : Là n’est pas la question ! Mortensen n’est pas homme à s’arrêter aux commérages, ce n’est pas ainsi qu’il juge ses pairs. Pour en revenir au sujet, il veut vous infiltrer. Ses hommes sont tous connus des trafiquants et par conséquent ils ne peuvent réaliser une opération de cette envergure. Il sait que vous êtes déjà au courant d’une partie de l’histoire et que vous avez été dans l’armée. Il vous a choisi et il n’y a pas matière à discuter mais ne vous méprenez pas, il s'agit d'une infiltration en territoire hostile si je puis dire.
JACK : Très bien. Que pouvez vous me dire d’autre ?
PAULA VAN DOREN : Moi rien, mais une équipe vous attends dans le parking.
JACK : Tout de suite ?
PAULA VAN DOREN : Oui. Vous partez directement et ne passez pas par la salle de conférence, cette opération est ultraconfidentielle. Mortensen pense qu’il y a une taupe qui renseigne les trafiquants. A chaque fois qu’il était sur le point de les cueillir il a échoué. En conséquent vous ne devez parler de cette mission à personne. (Le regardant droit dans les yeux). J’ai bien dit à personne, nous sommes nous bien compris ?
JACK : Oui.
PAULA VAN DOREN : Bon courage Jack et à bientôt.


[FBI – Service des personnes disparues]
Comme le leur avait demandé Jack, Martin et Vivian étaient en train d’examiner les vidéos de surveillance. Seul le bruit des magnétoscopes emplissait la pièce et Martin sursauta presque quand la porte s’ouvrit brusquement.

PAULA VAN DOREN : Agent Johnson, à partir de maintenant vous prenez la tête de l’équipe.

Vivian crut d’abord qu’elle avait mal entendu mais son audition étant très bonne et Van Doren n’étant pas vraiment du genre à faire de pareilles blagues, elle assimila cette information et s’entendit répondre :

VIVIAN : Très bien. Pourriez vous me donner un ordre d’idée concernant la durée de ce remplacement ?
PAULA VAN DOREN : Vous en savez suffisamment pour accomplir votre travail avec rigueur et précision. Où en êtes vous ?
VIVIAN : Nous visionnons des bandes de vidéosurveillance et les agents Spade et Taylor s’occupent respectivement d’interroger le fils de la victime et de faire des recherches.
PAULA VAN DOREN : Parfait, tenez-moi au courant !

Elle repartit comme elle était arrivée, laissant les deux agents dans l’expectative. Mais qu’était-il donc arrivé à Jack ?


[FBI – Service des personnes disparues – Une salle d’interrogatoire]
Mme Connors observait son fils derrière la vitre sans tain tandis que Sam commençait son interrogatoire.

SAM : Bonjour Tom. Je suis l’agent Spade et je souhaiterais te poser quelques questions au sujet de ton papa.
TOM CONNORS : Vous allez le retrouver n’est-ce pas ?
SAM : Nous allons faire tout notre possible pour. Alors dis-moi, ton papa te couche tous les soirs ?
TOM CONNORS : Il vient m’embrasser et me lire un chapitre des "Aventures de Robin des bois".
SAM : Et te souviens-tu si quelque chose de différent s’est produit cette semaine ?
TOM CONNORS: Non madame.
SAM : Tu es sûr ? Réfléchis bien.
TOM CONNORS (Après quelques secondes) : Oh oui, je me souviens...

FLASHBACK

Charles Connors se trouve dans la chambre de son fils. Il pose un livre sur le bureau du petit et s’apprête à lui dire bonsoir quand le gamin l’interpelle.

TOM CONNORS : Papa, aujourd’hui à l’école Piers est venu avec son père. Il était là pour nous parler de son métier, il est boulanger. Tu te souviens que la semaine prochaine c’est à ton tour de m’accompagner.
CHARLES CONNORS : Tom, tu es sûr que c’est nécessaire ? Papa ne fait pas un métier qui intéresse les petits garçons de ton âge.
TOM CONNORS : Oh si. Moi je veux être comme toi quand je serai grand, un super papa.

FIN DU FLASHBACK

TOM CONNORS : Ensuite il est vite parti.
SAM : Merci Tom, tu m’as été d’une grande aide. Un autre agent va venir s’occuper de toi pendant que je discute avec ta maman d’accord ?
TOM CONNORS : D’accord.

Sam quitta la pièce et conduisit Mme Connors, qui semblait bouleversée, dans un bureau inoccupé.

SAM : Asseyez vous. Que pensez vous de ce que vient de déclarer votre fils ?
MME CONNORS : Je ne sais pas, je suis perplexe. Charles adore ses enfants et je ne comprends pas sa réaction.
SAM : Madame Connors, certains éléments préliminaires nous laissent penser que votre mari aurait pu s’absenter du domicile conjugal plusieurs fois par mois. Pouvez vous m’en dire plus à ce sujet ?
MME CONNORS : Je suis désolée mais vous devez faire erreur.
SAM : Vos enfants ont besoin de vous alors ne compliquez pas les choses. Plus vite vous aurez répondu et plus vite vous serez libre.
MME CONNORS (pleurant) : Ne vous méprenez pas, je ne sais rien. Mais il est vrai qu’il est arrivé à Charles de s’absenter dans la nuit et de revenir au petit matin. Il pensait que je dormais et que je ne m’apercevais de rien. Vous savez depuis que notre fille est malade nous nous sommes peu à peu murés dans le silence chacun de notre côté et je ne sais pas où mon mari se rendait. Si je n’ai rien dit c’est parce que je pensais qu’il voyait quelqu’un d’autre et qu’il est très humiliant de révéler ce genre de chose.
SAM : Merci pour votre franchise. Etes-vous au courant de l’existence d’un compte personnel au nom de votre mari dans l’état du Connecticut ?
MME CONNORS (surprise) : Non, nous ne possédons que des comptes communs dans une banque de la ville, vous devez faire erreur.
SAM : Je vous assure que non. Une dernière question, depuis combien de temps votre fille est-elle malade ?
MME CONNORS : Cela fera un an dans deux semaines.
SAM : Je vous remercie, vous pouvez rejoindre votre fils.

Après que Mme Connors fut partie, Sam réfléchit plusieurs minutes. Quelques pièces du puzzle commençaient à se mettre en place dans son esprit et il fallait qu’elle informe ses collègues de sa théorie. Elle se dirigea aussitôt vers la salle de conférence où elle trouva Martin, Vivian et Danny.

SAM : Je viens d’interroger Mme Connors et son fils et j’ai une petite idée sur la façon dont Connors dépensait son argent. D’après moi, son compte personnel ne doit être ouvert que depuis moins d’un an car je pense qu’il a commencé à tremper dans des affaires louches pour pouvoir payer les frais médicaux de sa fille.
DANNY : Le directeur de la banque doit me rappeler en début d’après-midi. J’en saurai plus à ce moment là.
SAM : Merci. Et vous, vous avez pu déterminer si Connors figure sur les bandes de surveillance ?
VIVIAN : Les images sont mauvaises mais nous avons quand même pu établir que c’est lui. Une fois par semaine des vans sans plaques d’immatriculation se garent près de sa boutique et des hommes masqués y transportent des paquets de formes variables. C’est dommage que nous n’ayons pas d’autres bandes car nous ne savons pas depuis combien de temps dure ce petit manège. Martin et toi vous devriez retourner là-bas pour interroger les autres commerçants et voir s’ils ne possèdent pas de caméras disposées de façon à nous aider.
SAM : Bien sûr, mais je ne comprends pas trop. C’est toi qui dirige l’équipe ? Et où est Jack ?
MARTIN : Viens, je t’expliquerai en route.


[Disparu depuis 19 heures]
MARTIN : Je te dis que je ne sais rien de plus.
SAM : Et Van Doren est repartie comme ça ?
MARTIN : Absolument.
SAM : Et elle n’a pas précisé la durée de ce remplacement ?
MARTIN : Non, je te l’ai déjà dit. Elle nous a très clairement fait comprendre qu’il ne fallait pas poser de questions.
SAM (angoissée) : Mais vous auriez du, ce n’est pas normal de...

Malgré son sentiment de culpabilité, Martin décrocha son attention de ce flot de paroles. Bien sûr, une petite pointe de jalousie n’était pas étrangère au sentiment d’exaspération qu’il sentait grandir en lui. Aurait-elle réagi de la même manière si c’était lui qui avait disparu aussi abruptement ? Décidément, Jack viendra toujours se glisser entre nous pensa t-il une fraction de seconde avant de se reprendre. Mon dieu non, cet homme est mon patron et mon ami ! D’ailleurs cette convocation chez Van Doren, puis ce remplacement soudain, ne lui laissait rien présager de bon. Visiblement Sam était dans le même état d’esprit que lui car quand il sortit de sa léthargie il l’entendit marmonner "Il faut absolument que je parle à Van Doren". Mais tout ce qu’il lui répondit fut :

MARTIN : Nous sommes arrivés.


[28ème avenue – Appartement 186C]
Lorsqu’il fut introduit au vingtième étage d’un immense building, Jack découvrit un homme d’une cinquantaine d’années plongé dans la lecture d’un épais dossier. Son épaisse crinière brune était clairsemée de quelques cheveux blancs et ses yeux d’un bleu limpide mis en valeur par son teint halé. Cet homme imposait le respect mais également la sympathie. Il leva les yeux et tendit la main à son collègue.

JOHN MORTENSEN : Monsieur Malone. Je suis enchanté de collaborer avec vous.
JACK : Moi de même.
JOHN MORTENSEN : Asseyez-vous, je vous en prie. Je suppose que Paula vous a expliqué la raison de votre venue ici.
JACK : Disons qu’elle m’a parlé des grandes lignes de l’opération que vous préparez.
JOHN MORTENSEN : Bien. Que savez-vous de Charles Connors ?
JACK : Antiquaire, 42 ans, marié, deux enfants. Selon nos premiers éléments il tremperait dans le trafic d’art.
JOHN MORTENSEN : Et que pouvez vous me dire du Portrait de Martha Moneti et de L’offrande de l’Absinthe ?
JACK : Hum... Si je ne m’abuse il s’agit de deux tableaux de grande valeur qui ont été peints aux 19ème siècle par De Vincenzo. Ils ont été volés par les allemands durant la seconde guerre mondiale avant d’être retrouvés peu après la chute du mur de Berlin. Je crois pouvoir ajouter qu’ils étaient tout deux exposés en Europe jusqu’à ce qu’ils soient volés il y a environ six mois.
JOHN MORTENSEN : Vous m’impressionnez agent Malone, je n’en attendais pas tant. Vous étiez bien l’homme qu’il me fallait. Pardonnez-moi cette petite récitation mais il fallait que je sois sûr que vous maîtrisiez un minimum le sujet. Vous avez parfaitement raison, ces deux oeuvres ont bien été dérobées en Europe. Ce que vous ne savez peut être pas c’est qu’elles sont passées chez Connors avant d’être vendues sur le marché noir.
JACK : Connors serait impliqué là dedans ? Je ne le voyais pas avoir les épaules assez solides pour organiser ce genre de choses.
JOHN MORTENSEN : Détrompez-vous. Cependant Connors n’est qu’un pion sur l’échiquier. Il se trouve pris au piège d’une organisation terroriste agissant sur les cinq continents. Des écoutes furtives dans son magasin nous ont permis de découvrir qu’il est la victime d’un odieux chantage. Je ne sais pas si vous êtes au courant mais sa fille est tombée gravement malade et la famille n’avait pas d’assurance. Connors a immédiatement été contacté pour arrondir grassement ses fins de mois dirons nous. Le marché était simple : l’argent pour les soins contre une aide précieuse. Dos au mur, l’homme a accepté. Avec son carnet d’adresse bien rempli, il devait trouver des clients ayant les moyens et l’envie d’acquérir des pièces volées. Tout fonctionnait à merveille jusqu’à il y a quelques jours. Connors a voulu se retirer mais ses employeurs ne l’ont pas entendu de cette oreille. Nous craignons malheureusement qu’il finisse comme ses deux confrères qui ont été retrouvés dans l’Hudson après avoir voulu se défiler.
JACK : Et qu’attendez-vous précisément de moi ?
JOHN MORTENSEN : Tout d’abord, il vous faut savoir que cette organisation n’est composée que de personnes activement recherchées dans de nombreux pays. Ils sont malins et ont beaucoup de relation. Nous traquons ces terroristes depuis plusieurs mois maintenant mais chaque tentative pour les arrêter s’est soldée par un échec. Ils sont visiblement renseignés par quelqu’un de nos services. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous nous entretenons ici et pas au bureau. Tout ça pour dire que quelqu’un de chez nous se ferait immédiatement repéré et qu’il nous faut quelqu’un de l’extérieur, quelqu’un comme vous. Votre mission sera d’infiltrer ce réseau et de nous informer de leur prochain coup afin que nous puissions les prendre en flagrant délit, et avec un peu de chance démanteler leur réseau. Vous devrez également tenter de sauver Connors. Si la bande venait à tomber, son témoignage au tribunal serait capital.
JACK : Quels sont les aspects techniques ?
JOHN MORTENSEN : Je vais y venir. En plus du FBI, nous travaillons en étroite collaboration avec la CIA, un de leurs agents nous a fourni tous les papiers nécessaires. Désormais vous vous appelez James Leroy et vous êtes en quelque sorte un concurrent de Peter Vardo, le chef du réseau. Vous venez de rentrer d’Italie d’où vous ramenez une pièce très rare qui a été dérobée par vos hommes. L’information est passée dans le milieu que le très célèbre tableau de la Bataille de Montesquia a été dérobé. Même s’ils sont méfiants, les trafiquants ne résisteront pas à la tentation de vous joindre pour voir de leurs propres yeux ce bijou. C’est à ce moment là que vous devrez mettre la gomme et gagner leur confiance.
JACK : Pardonnez-moi cette question mais avons-nous ce tableau ?
JOHN MORTENSEN : Non, mais un faussaire de génie travaille pour nos services et Vardo n’y verra que du feu. Plusieurs autres objets de grande valeur ont été stockés dans un entrepôt sur les quais et notre ami ne pourra s’empêcher d’être impressionné par tant de merveilles.
JACK : Très bien. Votre plan me semble très bien établi.
JOHN MORTENSEN : Pour en revenir aux aspects techniques, cet appartement sera désormais votre lieu de vie. Essayez d’y imprégner votre marque pour que tout paraisse crédible. Des dossiers contenant les principales informations sur James Leroy et Peter Vardo sont disponibles dans le tiroir de gauche de ce bureau, ainsi qu’un épais fascicule sur le trafic d’art et les oeuvres volées. Vous devez tout mémoriser avant ce soir puis brûler ces papiers. A 23 heures vous vous rendrez au Club68 sur Lincoln. Les poissons devraient mordre à l’hameçon. Plusieurs tenues sont à votre disposition dans la pièce voisine ainsi que des armes car si vous gardez votre 9 mm vous serez immédiatement repéré. A partir du moment où j’aurai franchi cette porte vous agirez en solo. Vous ne devez en aucun cas établir de contact avec nous et encore moins avec l’extérieur. Nous vous contactons mais pas l’inverse. Venez courir tous les matins dans Fernway Park. Si la voie est libre un agent vous accostera discrètement. Des questions ?
JACK (pince sans rire) : Le jogging est-il obligatoire ?
JOHN MORTENSEN : Je vois que vous ne vous départissez pas de votre sens de l’humour, c’est une bonne chose. A mon tour de vous posez une question si vous n’y voyez pas d’inconvénient. Etes vous sûr de bien avoir mesurer tous les risques qu’implique ce genre de mission ?
JACK (réfléchissant quelques secondes) : L’adrénaline fait parti du métier. Mais ne vous méprenez pas, je ne suis ni une tête brûlée, ni un kamikaze, c’est juste... mon job.
JOHN MORTENSEN : Je suis un vieux singe monsieur Malone vous savez. On ne m’apprend pas à faire la grimace et je perçois autre chose. Surtout ne vous brûlez pas les ailes. Je vais maintenant prendre congé, nous avons tous deux beaucoup de travail.

John Mortensen se leva du fauteuil dans lequel il était installé puis se dirigea vers la sortie. Alors qu’il s’apprêtait à tourner la poignée, il pivota sur lui-même et regarda Jack.

JOHN MORTENSEN : Cette partie n’est pas la meilleure mais je ne vous ai pas demandé... Au cas où les choses tourneraient mal y’a-t-il quelqu’un à prévenir ?
JACK (hésitant) : Mes filles vivent à Chicago et elles sont encore trop jeunes pour apprendre ce genre de nouvelle par voie officielle.
JOHN MORTENSEN : Dois-je en déduire que la réponse est non ?

Jack ne répondit pas mais sortit son bloc note de sa veste et en arracha une page sous l’oeil intrigué de Mortensen. Il réfléchit quelques instants puis posa la mine de son stylo sur le papier. Plus les secondes s'écoulaient et plus il noircissait la feuille. Visiblement il était inspiré. Il finit enfin par la plier et la tendit à son interlocuteur.

JACK (gêné) : J’aimerais que vous remettiez ceci à la personne dont le nom figure sur la feuille si l’affaire se compliquait.
JOHN MORTENSEN : Je n’y manquerai pas. Bon courage.


[FBI – Service des personnes disparues]
Le porte à porte n’avait pas été infructueux pour Sam et Martin puisqu’ils étaient revenus au bureau avec une vingtaine de cassettes de vidéosurveillance appartenant aux propriétaires de magasins situés près de celui de Connors. Professionnelle jusqu’au bout, Sam avait été parfaite mais son collègue percevait quand même son mal être. Après avoir déposé les bandes au service technique, ils rejoignirent Danny et Vivian dans la salle de conférence.

DANNY : Tu avais raison Sam. Charles Connors a ouvert son compte dans le Connecticut il y a seulement huit mois. Le directeur m’a faxé ses relevés de compte et nous pouvons voir que plusieurs fois par mois de grosses sommes en liquide sont déposées. Je me suis ensuite rendu à la clinique Kennedy où on m’a confirmé que les frais de la petite Lola sont toujours payés par des chèques du CUB, c'est-à-dire la Connecticut Union Bank.
VIVIAN : Bravo Sam, tu avais vu juste. Charles Connors semble tremper dans des affaires peu orthodoxes afin de payer les soins pour sa fille. Cependant, il reste encore de nombreuses zones d’ombre le concernant. Pour qui travaille t-il, quel est son degré d’implication, son rôle précis... ? Je pense que nous devrions demander la collaboration de l’unité spéciale contre le trafic d’art. Ils en savent peut être d’avantage.
MARTIN : Bonne idée. Tu veux que nous y allions ?
VIVIAN : Il faut d’abord demander une autorisation à Van Doren. Attendez-moi là, je n’en ai pas pour longtemps.


[FBI – Service des personnes disparues – Bureau de Paula Van Doren]
VIVIAN : Je ne comprends pas votre...
PAULA VAN DOREN : Il s’agit d’un ordre agent Johnson. Cette affaire est classée.

Cinq minutes plus tôt, Vivian s’était rendue chez sa patronne en pensant obtenir facilement une autorisation mais les choses n’avaient pas pris la tournure qu’elle espérait. Après lui avoir fait sa demande, Van Doren lui avait fait savoir que l’enquête n’était plus entre ses mains.

PAULA VAN DOREN : Vous êtes un excellent agent mais ne vous entêtez pas où vous devrez en assumer les conséquences.
VIVIAN : Que dois-je dire à mes collègues ?
PAULA VAN DOREN : Que cette affaire n’est plus de leur ressort.
VIVAN : Elle l’est donc pour quelqu’un d’autre !
PAULA VAN DOREN : Notre entretien est terminé.


[FBI – Service des personnes disparues]
MARTIN : C’est bon, nous avons le feu vert ?
VIVIAN : Pas exactement non.
SAM : Comment ça pas exactement ?
VIVIAN : Nous ne nous occupons plus de cette affaire, elle est classée.
DANNY : Mais pour quelle raison ? Connors est toujours porté disparu et...
VIVIAN : Je comprends votre désarroi mais Van Doren a été très claire.

Les quatre agents se regardèrent sans comprendre ce qui pouvait motiver cette décision.

VIVIAN : Nous devons réunir tous nos éléments et apporter le dossier à Van Doren.
MARTIN : Puisque le chef a parlé. Je vais chercher les vidéos au service technique.
VIVIAN : Bonne idée.

Martin s’éloigna et les autres agents commencèrent à empaqueter leurs dossiers. Tandis que Danny se tenait à l’écart, Vivian s’approcha de Sam.

VIVIAN (murmurant) : Je ne devrais probablement pas te parler de ça mais je pense que ce dessaisissement est lié au départ précipité de Jack.
SAM : Que se trame t-il selon toi ?
VIVIAN : Je ne sais pas mais je n’aime pas du tout la façon dont on nous coupe l’herbe sous le pied. Et puis Jack ne serait pas parti si précipitamment sans une bonne raison.
SAM : J’y est pensé mais il s’agit peut être de quelque chose de personnel ?
VIVIAN : Je ne pense pas, il nous en aurait parlé. Là il n’a même pas pris la peine de prendre sa veste.

Sam tourna la tête et vit que le vêtement était toujours accroché au porte manteau.

SAM : Laisse-moi emmener le carton à Van Doren, je dois absolument lui parler.

Vivian semblait hésiter.

SAM : Je t’en prie.
VIVAN : Bon d’accord.


[FBI – Service des personnes disparues]
Après que tous les éléments de l’enquête furent réunis, Sam se saisit du carton et s’éloigna d’un pas décidé. Son coeur battait pourtant la chamade. L’insubordination n’était pas dans ses habitudes mais elle devait savoir coûte que coûte et Van Doren ne serait certainement pas de cet avis. Lorsqu’elle frappa à la porte, elle remarqua que ses mains tremblaient légèrement.

PAULA VAN DOREN : Entrez !
SAM : Je vous apporte le dossier Connors.
PAULA VAN DOREN : Il ne me semble pourtant pas vous avoir confié cette tâche.
SAM : L’agent Johnson attendait un coup de fil important et elle a cru comprendre que ce paquet devait vous être livré en priorité.
PAULA VAN DOREN : Votre manière de mentir n’est pas à la hauteur de votre grade.
SAM : Ecoutez, je sais qu’il se passe quelque chose d’anormal et je veux connaître la vérité.
PAULA VAN DOREN : A quel titre ?
SAM : Qu’est-il arrivé à Jack ?
PAULA VAN DOREN : Mlle Spade, j’ai toujours fermé les yeux sur vos... rapports avec l’agent Malone, mais là vous dépassez les bornes. De quel droit vous invitez vous dans mon bureau en criant au scandale pour je ne sais quelle raison ? Ne vous est-il pas venu à l’esprit que votre patron ait pu s’absenter pour s’occuper d’affaires personnelles ?
SAM : Cela n’explique pas pourquoi le dossier a été classé.
PAULA VAN DOREN : Vous prenez deux éléments différents que vous mélangez pour ne pas avoir à vous posez les bonnes questions.
SAM : Que dois je comprendre ?
PAULA VAN DOREN : Que vos accès de jalousie commencent à être lassants. L’agent Malone a été appelé dans sa famille et ce n’est pas mon problème s’il ne vous en a pas fait part. Maintenant excusez-moi mais au cas où vous ne l’auriez pas remarqué nous sommes au FBI et j’ai beaucoup de travail.
SAM (criant) : Vous mentez et je le prouverai.
PAULA VAN DOREN (furieuse) : Agent Spade vous êtes suspendu jusqu’à une date ultérieure. Je ne tolérerai pas une minute de plus de me laisser insulter. Vous devriez en profiter pour prendre des vacances. Donnez moi votre arme et votre badge s’il vous plaît.

En venant ici, Sam n’aurait jamais cru que les choses iraient aussi loin. Cependant, il était trop tard pour reculer et elle s’exécuta avant de sortir du bureau de Van Doren. Leur altercation avait été bruyante et plusieurs agents la regardèrent l’air ébahi. Il fallait qu’elle sorte de ce bâtiment au plus vite, il lui fallait de l’air. Etre suspendue était une chose mais si sa patronne avait dit la vérité... S’il était vraiment parti pour raisons personnelles. Elle se mit a douter. Peu être qu’elle s’était trompée, peut-être qu’il ne l’aimait plus autant qu’elle elle l’aimait. Bien vite elle chassa ses doutes de son esprit. Il y avait autre chose, elle le sentait au plus profond de son coeur.


[28ème avenue – Appartement 186C]
Comme convenu, Jack avait passé son après-midi à apprendre le contenu des dossiers qui lui avaient été confiés. Son personnage s’appelait James Leroy, n’avait pas d’enfant et n’était pas marié, mais appréciait beaucoup la gente féminine. Il était censé être à la tête d’une organisation criminelle s’occupant de trafic d’art et sa réputation ne semblait pas être celle d’un homme tendre. Une note séparée ajoutait que son nom et sa photo avaient été entrés dans les fichiers de police du pays. Après avoir assimilés toutes ses informations, il se pencha sur le contenu du dossier de Peter Vardo. Il ressemblait beaucoup au sien : enfance passée dans un orphelinat, pas de femme mais de nombreuses conquêtes, chef d’un réseau hautement organisé et casier judiciaire chargé. La seule différence résidait dans le fait que ce dossier là était vrai. Jack se demanda pourquoi il avait accepté cette mission. Est-ce que la prise de risque le ferait se sentir plus vivant ? Il ne le savait pas et il s’en moquait presque. L’examen des feuilles concernant les objets volés dans le monde lui parût presque interminable. Il ne se doutait pas que tant de sculptures, tableaux ou reliques étaient dérobés à chaque seconde de la journée. Suite à ce bourrage de crâne intensif, il brûla les feuilles dans l’évier de la cuisine, s’assurant que chaque parcelle de papier se consume puis après un frugale dîner, il se dirigea dans la chambre où il découvrit de nombreux vêtements. Des costumes Armani se suivaient à la queue le leu, des jeans, des tee-shirts et même deux survêtements pour ses prochains jogging matinaux. ... Ses collègues avaient visiblement tout prévu. Un rapide coup d’oeil à sa montre lui apprit qu’il était déjà 21 heures, il fallait qu’il se prépare. Il se dirigea vers la douche en pensant qu’il allait bientôt enter en scène.


[Appartement de Samantha]
Sam tournait en rond dans son appartement. Après son renvoi temporaire, elle était passée chez Jack mais bien entendu elle ne l’y avait pas trouvé. Les incessants coup de fil passés sur son portable se soldaient toujours par le même constat : il était éteint. Force lui était de constater qu’elle était impuissante. Durant un bref instant elle avait été tentée de joindre Maria mais ce n’était certainement pas la meilleure solution et Jack lui en voudrait probablement s’il venait à le découvrir. L’esprit en ébullition, elle tenta de mettre ses idées aux claires. Il fallait tout reprendre depuis le début. Elle n’eut pas le loisir de trouver de solution car quelqu’un frappa à sa porte. Son coeur bondit dans sa poitrine et une lueur d’espoir l’anima mais ce n’était pas Jack.

SAM (surprise) : Danny ? Qu’est ce que tu fais ici ?
DANNY : Après le scandale que tu as fait à Van Doren j’ai préféré venir m’assurer que tout allait bien.
SAM : Ne t’inquiètes pas je m’en remettrai.
DANNY : Je peux entrer ?
SAM (hésitante) : Heu...
DANNY : Je ne vais pas te déranger longtemps mais je pense que nous serons mieux à l’intérieur pour discuter.
SAM : Tu as raison, entre.
DANNY : Merci. J’ai des infos pour toi.

Danny pénétra dans l’appartement et se dirigea vers le salon où il s’installa dans un des deux fauteuils couleur crème. Sam se lova dans le deuxième et attendit fébrilement les révélations de son collègue.

DANNY : Figures-toi que lorsque tu as ramené les éléments du dossier à Van Doren, Martin a malencontreusement oublié de remettre deux vidéos dans le carton.

Sam comprit immédiatement le sous-entendu. Son collègue avait en fait volontairement détourné une preuve.

DANNY : Nous les avons donc visionnées et elles montrent exactement la même chose que les autres, c’est à dire un balai de vans sans plaques une fois par semaine. Cependant, même si la qualité de l’image est aussi mauvaise que les vidéos que nous avons visionnées précédemment, l’angle est différent et nous pensons pouvoir identifier un ou plusieurs des hommes qui figurent dessus.
SAM : Mais comment ? Si vous confiez les bandes à Mac il risque d’avoir des ennuis.
DANNY : Et bien j’ai un ami travaillant dans un laboratoire privé et figures-toi qu’il me doit un service.

Il avait dit ça avec un large sourire et Sam ne pu s’empêcher de se détendre. Cependant, une ombre revint quasi instantanément sur son visage.

SAM : Ca ne nous explique toujours pas où est passé Jack.
DANNY : Ecoute, je connais votre situation et j’imagine ce que tu peux ressentir mais...

Sam se leva soudainement, les bras croisés et les joues en feu.

SAM : Mais il est probablement parti pour des raisons personnelles dont il n’a pas jugé bon de me faire part car je ne suis qu’une collègue.
DANNY : En fait non. J’allais plutôt dire que si nous creusons tant du côté de Connors c’est parce que nous pensons que les deux affaires peuvent être liées.

Sam ne savait plus quoi dire et ses joues étaient maintenant rouges à cause de la honte et non plus de la colère. Elle se détourna, le regard dans le vague, fixant le flot de voitures circulant en bas de chez elle.

SAM : Je suis désolée.
DANNY : Ce n’est pas grave.
SAM : Bien sûr que si. Je sais que tu as toujours été de mon côté.
DANNY : Tu es fatiguée, tu devrais te reposer.

Il se leva à son tour, vint à sa hauteur et posa sa main sur l’épaule de la jeune femme.

SAM : Ecoute, je sais que vous pensez certainement que j’en fais trop mais je ne suis pas folle Danny. J’ai un mauvais pressentiment.
DANNY : Je te crois mais fais-nous confiance, nous allons faire tout notre possible pour découvrir la vérité.


[Club68]
A 23 heures précise, Jack pénétra dans le Club68. La musique l’assourdit immédiatement et ses yeux mirent quelques secondes à s’habituer à l’épaisse fumée qu’envoyait le disc jockey. Une hôtesse vint à sa rencontre et le conduisit à l’espace VIP. Cet endroit était situé sur une mezzanine qui surplombait toute la boîte de nuit. La femme lui désigna une banquette et prit commande d’un whisky. A peine fût il assit que deux magnifiques jeunes femmes s’installèrent à ses côtés.

LES FILLES : Enchantées M. Leroy.
JACK : L’enchantement est pour moi. Qu’est je donc fait pour avoir de si belles femmes à ma table ?
FILLE 1 : C’est votre jour de chance.
JACK : Je ne crois pas en la chance.
FILLE 2 : Alors contentez-vous d’apprécier.

Joignant le geste à la parole, elle se rapprocha de lui et entreprit de lui lécher le lobe de l’oreille. Gêné, mais devant jouer le jeu, Jack se laissa faire bon gré mal gré. Cependant, il fut heureux de voir la serveuse lui amener son whisky cinq minutes plus tard car la situation devenait presque torride. Saisissant son verre, il remarqua qu’un mot l’accompagnait. Il déplia la feuille de papier pliée en huit et pu lire : "Avec toute la sympathie de M. Vardo". Scrutant aussitôt l’endroit du regard, il trouva l’homme qu’il cherchait au bout de quelques secondes. Quelques mètres plus loin était installé un quarantenaire entouré de bimbos siliconées et de gardes ressemblant étrangement à des gorilles. L’homme qui l’intéressait était brun et assez athlétique. Des yeux verts perçants illuminaient son visage tanné par le soleil et une longue cicatrice courait de son arcade à son menton. Jack leva son verre dans sa direction et porta le breuvage ambré à ses lèvres. Vardo se leva immédiatement et son harem en fit de même. Il traversa la foule avec une aisance inattendue et arriva à la hauteur de Jack en quelques instants.

PETER VARDO : Quel plaisir de vous voir ici M. Leroy.
JACK : Plaisir partagé M. Vardo.
PETER VARDO : Alors qu’est-ce qui vous amène dans cette partie de la ville ?
JACK : Une simple envie de détente.
PETER VARDO : Il est vrai que vous devez être surmené depuis quelques jours.
JACK : Et oui, la vie n’est plus ce qu’elle était. Cette ville est horriblement polluée et le stress des gens est communicatif.
PETER VARDO : Rien ne vaut le bon air pur de l’Italie n’est-ce pas.
JACK : En effet.
PETER VARDO : Jouons cartes sur table. Vous possédez quelque chose d’une grande valeur qui m’intéresse énormément.
JACK : Il va falloir vous montrer plus précis car je possède beaucoup de choses de grandes valeurs.

Vardo éclata de rire.

PETER VARDO : Vous me plaisez bien Leroy. Cependant ma patience a des limites alors cessez de jouer au plus malin.
JACK : Désolé de vous décevoir mais je ne joue pas, jamais en affaire. Si vous ne vous montrez pas plus précis je ne pourrai en aucun cas vous être utile.
PETER VARDO : Très bien, alors pour être clair, il se dit que vous avez ramené de votre dernier voyage en Europe un tableau d’une grande rareté.
JACK : Voilà qui est déjà mieux. Je constate avec plaisir que le bouche à oreille marche toujours aussi bien.
PETER VARDO : En effet.
JACK : La rumeur est totalement fondée, pour une fois, mais je ne vois pas en quoi je puis vous aider.
PETER VARDO : Disons que je suis curieux et que vous m’honoreriez énormément en acceptant de me montrer ce bijou.
JACK : Hélas je crains que cela ne soit pas possible.
PETER VARDO : Puisque vous ne comprenez pas la manière amicale nous allons devoir passer à la manière forte. Voyez-vous James, vous permettez que je vous appelle James.
JACK : Bien sûr Peter.

L’homme ne sembla pas apprécier mais repris néanmoins.

PETER VARDO : Voyez-vous James, un de mes hommes vous a dans son viseur en ce moment même et si vous ne voulez pas finir défiguré au point que même votre mère ne puisse plus vous reconnaître je vous conseille de coopérer.
JACK : Il suffisait de le demander gentiment.

Pour l’instant tout marchait comme prévu. Jack se leva sous bonne escorte et rejoignit la voiture qui lui avait été prêtée. Vardo monta avec lui tandis que deux gardes du corps s’engouffraient dans la luxueuse limousine de leur patron.


[Appartement de Samantha]
Samantha avait finalement réussi à s’endormir. En fait Danny n’y était pas étranger car il avait subrepticement glissé un léger somnifère dans la tisane qu’il lui avait préparé. Il n’était pas vraiment fier d’avoir dû utiliser cette méthode peu orthodoxe mais c’était la seule solution pour que sa collègue récupère un peu. Il était à présent dans la cuisine de Samantha et jouait fébrilement avec son téléphone portable. Lui aussi était inquiet et il espérait d’un instant à l’autre recevoir un appel de Jack lui disant que tout allait bien. Malheureusement, rien ne vint rompre le silence de la nuit et il finit par s’endormir à son tour.


[Un entrepôt sur les quais]
PETER VARDO : Magnifique, sublime, incroyable.
JACK : Vous ne manquez pas de superlatifs à ce que je vois. Mais vous avez raison, ce tableau est magnifique.

Jack, Vardo et sa troupe étaient arrivés sur les quais depuis cinq minutes.

PETER VARDO : Ce tableau et tout ce qui se trouve autour de nous, je vois que votre réserve est bien fournie. Cependant un détail me tracasse.

Jack savait que cela ne présageait rien de bon mais il devait en passer par là pour faire ses preuves. Avant même d’avoir pu faire un mouvement, il sentit les deux gorilles l’attraper par les bras.

PETER VARDO : Voyez-vous je m’étonne de ne jamais avoir entendu parler de vous avant ce jour.
JACK : Vos informateurs ne doivent pas être de premier choix alors.
PETER VARDO : Rigolez M. Leroy, nous en reparlerons dans quelques minutes.

Les deux gorilles fouillèrent Jack et lui retirèrent les deux armes qu’il avait sur lui. Ils les envoyèrent quelques mètres plus loin et assirent Jack sur une chaise qui traînait.

PETER VARDO : Qui êtes vous en réalité ?
JACK : James Leroy.

Bam ! Jack reçu un coup de poing d’un des deux gardes.

PETER VARDO : Je repose ma question : qui êtes vous en réalité ?
JACK : James Leroy.

Un autre poing vint s’abattre sur son visage et du sang perla de son arcade sourcilière.

****

Une demi-heure plus tard, le visage de l’agent du FBI baignait dans une mare de sang. Vardo avait continué de poser des questions et les réponses ne lui convenaient visiblement pas. Exaspéré, il sortit un long poignard de sa poche et s’approcha de Jack. Il posa la lame froide de l’objet sur sa joue.

PETER VARDO : Nous allons devoir employer la manière forte.
JACK : Si vous voulez mais mes réponses ne changeront pas pour autant. Je m’appelle James Leroy, j’ai 41 ans et si vous n’avez jamais entendu parler de moi avant c’est parce que je ne m’intéressais pas au marché américain.
PETER VARDO : Ah oui, vous étiez en Europe c’est vrai.

Il enfonça doucement la lame du poignard dans la peau de Jack.

JACK : Ahhhhh.
PETER VARDO : Et pourquoi vous intéressez vous désormais à notre beau pays ?
JACK : Disons que ça sentait le roussi pour moi en Europe. Et puis rien de tel que la diversité. Je suis sûr que les Etats-Unis ont bien plus à m’offrir.
PETER VARDO : Je crains malheureusement pour vous que vous n’ayez jamais le temps de découvrir le pays.

Jack réfléchissait à toute vitesse. La comédie avait assez duré et il s’était assez fait torturer. Il fallait qu’il passe à l’action.

JACK : Permettez-moi de vous dire que vous vous apprêtez à faire quelque chose que vous allez regretter.

Vardo le gifla avec violence. Il fit ensuite signe à ses hommes et s’éloigna tranquillement. Il monta dans sa limousine et attendit. A l’intérieur du bâtiment, les deux gardes s’apprêtaient à exécuter Jack. Celui-ci bondit alors vivement de sa chaise et fit une belle prise de judo à l’un de ses geôliers. Le deuxième ne tarda pas à réagir et tira plusieurs coups de feu mais Jack avait déjà plongé sur le sol pour tenter d’attraper son arme. L’entrepôt étant immense, il décida de jouer à cache cache. Après avoir récupéré de quoi se protéger, il avança à pas feutrés entre les rayonnages remplis. Au bout de quelques secondes, il arriva derrière le premier garde et l’assomma avec la crosse de son revolver. Le deuxième avait cependant été alerté et il courait déjà dans la direction de Jack. Alors qu’il s’apprêtait à tirer, celui-ci roula sur le côté et évita de peu la balle qu’il entendit passer très près de sa tête. Le garde courait toujours dans sa direction. Jack posa alors son arme sur un rayonnage et attendit quelques secondes. Lorsque le garde ne fut plus qu’à quelques mètres de lui, il poussa deux énormes cartons remplis de statues en marbre. Le résultat fut instantané : le garde avait été assommé et enseveli sous les débris. Le raffut avait cependant du alerter Vardo alors il ne fallait pas traîner. Il récupéra son arme, s’essuya quelques peu le visage avec un pan de sa chemise hors de prix et se dirigea vers l’extérieur. Comme il l’avait prévu Vardo avait été alerté et s’apprêtait à s’enfuir. Jack courut alors jusqu’à la limousine et s’installa à l’arrière sous les yeux horrifiés de Vardo. Il pointa son arme sur lui.

JACK : Je vous avais dit que vous alliez commettre une énorme erreur.
PETER VARDO : Ne me tuez pas, je suis sûr que nous pouvons trouver un arrangement.
JACK : Peut être, mais un homme comme vous me trahira de nouveau. Je préfère ne pas prendre de risques.

Son doigt pressa la détente et Vardo, en nage, se crispa sur son siège. Au bout de quelques secondes il rouvrit les yeux, stupéfait de ne pas avoir été tué.

JACK : Il s’agissait de mon seul et unique avertissement. J’aurais très bien pu vous descendre et récupérer tout votre empire mais je suis un homme intelligent et je vois loin, très loin.
PETER VARDO : Qu’est ce que vous voulez ?
JACK : Comme je vous l’ai dit j’arrive d’Europe et je ne suis pas encore bien implanté ici. Je pense que votre carnet d’adresses peut m’être très utile. Quand à moi je vous propose de partager tout ce que vous avez vu dans l’entrepôt ainsi que les services de mes hommes, et croyez-moi ils sont bien meilleurs que les vôtres. Ils peuvent voler n’importe quoi et n’importe où.

Une lueur illumina les yeux de Vardo.

PETER VARDO : Vous me proposez donc un partenariat ?
JACK : En quelque sorte.
PETER VARDO : Et quelles garanties m’apportez-vous ?
JACK (riant) : Il me semble que vous n’êtes pas en position de négocier.

Vardo ne dit rien pendant plusieurs secondes, il réfléchissait visiblement à la proposition.

PETER VARDO : Parfait, mais j’exige de tester vos gars. Et je veux trois quart de ce qui se trouve dans l’entrepôt car bien que votre collection soit impressionnante vous n’arriverez à rien sans relation.
JACK : L’offre me semble acceptable.
PETER VARDO : On m’a parlé d’un tableau, un Langlais pour être plus précis, qui prend la poussière chez une vieille fille qui habite à l’angle de la cinquantième et de Goldwyn street. Un vrai gâchis.
JACK : J’en conviens.
PETER VARDO : Je veux que votre équipe me ramène ce trésor.
JACK : Ca doit pouvoir se faire.
PETER VARDO : Alors disons rendez-vous dans une semaine au club68.
JACK (riant) : Une semaine ? Vous plaisantez ? Disons plutôt rendez-vous ici dans deux jours.

Vardo n’en croyait pas ses oreilles.

PETER VARDO : Vous m’impressionnez, mais croyez-vous vraiment pouvoir vous organiser si vite ?
JACK : Je vous l’ai dit, mes hommes sont bien meilleurs que les vôtres. C’est à prendre ou à laisser.
PETER VARDO : Mais j’accepte avec plaisir. Club68, 23h30, après demain.

Jack hocha la tête.

PETER VARDO : Et en cas de retard où puis je vous joindre ?
JACK : Il n’y aura pas de retard.

Jack sortit de la limousine.

JACK : Et surtout n’oubliez pas : pas d’entourloupe.

Il n’attendit même pas la réponse de son interlocuteur et se dirigea vers la grosse berline allemande fournit par Mortensen.


[28ème avenue – Appartement 186C]
Après être revenu à son appartement, Jack avait soigné ses blessures. De la glace sur la majeure partie du visage et quelques morceaux de sparadrap sur son arcade et sa joue lui avaient redonné meilleure mine. Cependant, la nuit ne lui avait pas été bénéfique. Il n’avait dormi que quelques heures et d’énormes hématomes bleus étaient apparus sur sa figure. Il s’était regardé dans une glace et n’avait pu s’empêcher de grimacer. Il s’était ensuite doucher et habiller avant de déjeuner et de partir courir. Il était maintenant 7h45 et Jack se trouvait à Fernway Park. N’étant pas un grand adepte du jogging, il courait à petites foulées en espérant que son contact se montre rapidement. Alors qu’il s’approchait d’un banc pour faire quelques exercices d’assouplissements, il entendit un bruit non loin de lui et tendit l’oreille. Un buisson avait bougé, il en était sûr.

AGENT (chuchotant) : Approchez-vous du banc et asseyez-vous cinq minutes.

Il s’exécuta.

AGENT : Vous ne semblez pas être suivi mais nous ne voulons prendre aucun risque. Sortez votre portable et faites comme si vous receviez un appel.

Jack sortit son téléphone de la poche de son survêtement et commença a parler à un correspondant imaginaire.

AGENT : Parfait. Faites-nous un compte rendu de votre soirée. A ce que je vois elle n’a pas été de tout repos.
JACK : En effet.


[Appartement de Samantha]
Lorsqu’elle se réveilla, Samantha avait un léger mal de tête. Elle ne se souvenait absolument pas comment elle était arrivée dans sa chambre ni même pourquoi elle avait dormi toute habillée. Elle ne fut pourtant pas au bout de ses surprises car avec étonnement elle trouva Danny endormi sur la table de sa cuisine. Quelques brides de souvenirs lui revinrent alors en mémoire et une bouffée d’angoisse la paralysa presque. Se ressaisissant, elle alla réveiller son collègue.

SAM : Danny. Danny réveilles-toi.

L’agent du FBI releva mollement la tête et écarquilla de grands yeux. Pendant quelques secondes il sembla complètement abasourdi mais il finit par se ressaisir.

DANNY : Désolé, je me suis endormi.
SAM : C’est pas grave mais... tu peux me dire ce qui s’est passé hier soir ? Je me rappelle d’avoir bu une tisane et puis plus rien.
DANNY : Oui, tu es tombée comme une masse.

Le jeune homme fit une grimace. L’inconfort de sa couche lui avait visiblement laissé quelques courbatures.

SAM : Je vais faire du café, ça ira mieux ensuite. As-tu eu des nouvelles ?
DANNY : Non, désolé. Je vais appeler le labo pour voir où ils en sont.

Il s’exécuta et sortit son portable. Il composa le numéro et attendit quelques secondes avant que son interlocuteur décroche.

DANNY : Jay c’est Danny. Tu as avancé ? ... D’accord, je comprends mais n’oublie pas de me tenir au courant.

Il raccrocha. Sam le regardait avec anxiété.

SAM : Alors ?
DANNY : L’image est de très mauvaise qualité et il n’arrive à rien avec ses logiciels habituels. Il va en tester un nouveau qui vient de sortir sur le marché.
SAM : Je ne sais pas pourquoi mais je sens qu’il y a un mais.
DANNY : Mais ça va prendre plus de temps que prévu et nous n’aurons pas de réponse avant demain.

Sam ferma les yeux quelques instants.

SAM : C’est mieux que rien. Merci d’avoir fait appel à ton ami.
DANNY : Je sais que tu es déçue mais on va trouver autre chose.
SAM : Tu as raison. Je vais appeler Eric Kellar.
DANNY : Kellar ?
SAM : Oui tu sais il travaille dans la police.

Danny se souvint alors qu’il s’agissait d’un ancien petit ami de Sam mais il jugea que ce n’était pas le moment de parler de ça.

DANNY : Ah oui. De mon côté je vais appeler Vivian, son frère travaille également dans la police.
SAM : Super.


[Fernway Park]
AGENT (abasourdi) : Vous lui avez dit quoi ?
JACK : C’était le seul moyen d’appâter Vardo.
AGENT : Mais comment voulez-vous que nos gars reproduisent ce tableau en moins de deux jours ?
JACK : Il nous faut l’original.
AGENT : De mieux en mieux.
JACK : Ecoutez, d’après ce que Vardo m’a dit ce Langlais est en possession d’une vieille dame et elle sera sûrement ravie d’aider la police.
AGENT : Les informations fournies par Vardo ne sont pas sûres. Et puis on ne joue pas avec un tableau de 15 millions de dollars. Sans parler du fait que tout doit ressembler à un cambriolage et non à un prêt.
JACK : Ecoutez, je sais que tout ceci est compliqué pour vous mais je n’avais pas le choix. Si j’avais refusé j’aurais perdu ma crédibilité.
AGENT (soupirant) : Bien, nous allons voir ce que nous pouvons faire.
JACK : Parfait. Quand j’aurai conclu cette affaire je pense pouvoir obtenir des informations sur Connors.
AGENT : Espérons-le. Cependant Vardo va trouver bizarre que vous vous déplaciez toujours seul, lui a toujours deux ou trois hommes de main à ses côtés.
JACK : Il serait beaucoup trop dangereux d’infiltrer un autre agent.
AGENT : Je le sais mais si nous n’avons pas le choix il faudra agir ainsi.
JACK : Vous pensez à quelqu’un en particulier ?
AGENT : Danny Taylor.
JACK (s’énervant) : Vous ne pouvez pas faire ça !
AGENT : Il s’agit d’un de vos hommes et il y aura moins de chances que vous vous trahissiez. De plus, son profil latino correspond tout à fait au genre d’homme que nous recherchons.
JACK : C’est beaucoup trop dangereux, ça n’était pas prévu au départ.
AGENT : Et ce n’était pas non plus prévu que nous "volions" un Langlais. Nous n’espérons pas en arriver là mais au besoin nous infiltrerons Taylor. Maintenant raccrochez votre téléphone et repartez à l’appartement, nous vous tiendrons au courant de la suite des évènements.


[28ème avenue – Appartement 186C]
La journée tirait maintenant vers sa fin et Jack n’avait eu aucune nouvelle de son contact. Il tournait dans l’appartement comme un lion en cage en priant que Danny ne soit pas infiltré. Une opération d’une telle envergure était beaucoup trop dangereuse. Lui il pouvait prendre des risques, mais pas Danny. De temps à autre, l’image de Samantha venait le torturer d’avantage. Il espérait que tout allait bien pour elle et qu’elle ne s’inquiétait pas de son absence. Lorsque ces idées lui trottaient dans la tête, il les dissipait en pensant qu’il n’y avait hélas aucune raison qu’elle s’inquiète pour lui et qu’il ferait mieux de rester objectif au lieu de revenir une fois de plus sur un amour non partagé. Mais le son de sa voix ou le fait de la voir cinq secondes lui aurait pourtant tellement fait de bien.


[Appartement de Samantha]
Sam avait appelé Kellar dans la matinée mais il n’avait pu lui être d’aucune utilité. Danny avait ensuite dû partir au FBI où ses collègues l’attendaient et elle était restée seule dans cet appartement qui ne lui avait jamais semblé si grand et si triste. Il était maintenant 18 heures et elle pensait devenir folle. Attendre quelque chose sans savoir quoi lui était insupportable et elle regretta de ne pouvoir être au bureau. Au moins, son champ d’action aurait été plus large. D’ici elle ne pouvait rien faire et elle commençait à désespérer lorsque son portable se mit à sonner.

SAM : Allo.
ERIC KELLAR : Salut c’est Kellar. Ecoute je me suis renseigné sur ton Connors et j’ai appris que les gars de l’unité spéciale contre le trafic d’art sont sur les dents.
SAM : A cause de Connors ?
ERIC KELLAR : Je ne sais pas exactement, j’ai déjà eu beaucoup de mal à savoir ça. Tout est verrouillé chez eux en ce moment et il se murmure qu’ils sont sur un gros coup. Leur patron, John Mortensen, est prétendument en vacances mais il se dit qu’il est derrière tout ça et qu’il ne s’agit que d’un leurre pour berner d’éventuelles taupes.
SAM : Merci Eric.
ERIC KELLAR : De rien, mais comme je te l’ai dit ce ne sont pas des tuyaux fiables à 100%. Il y en a d’autres qui disent que Mortensen est parti au Bahamas parce que sa femme couche avec le vétérinaire alors...
SAM : D’accord mais je vais quand même essayer d’en apprendre plus.

Elle raccrocha, prit son manteau et quitta son appartement.


[Une rue - Banlieue de New York]
Sam attendait dans sa voiture depuis une demi-heure. La maison qu’elle observait restait désespérément vide de toute lumière et elle commença à croire que son instinct l’avait trahi. Gagner par le froid elle s’apprêtait à rentrer chez elle lorsqu’une voiture s’engagea dans l’allée de la maison en question. Un homme descendit de l’automobile et Sam esquissa un sourire. Elle sortit à son tour et accéléra le pas car l’homme allait bientôt entrer dans sa propriété. Avant qu’il n’ait pu refermer la porte, elle s’interposa souplement.

SAM : Samantha Spade, FBI. J’aimerais vous parler.

John Mortensen fut apparemment choqué par de telles manières.

JOHN MORTENSEN : Ecoutez mademoiselle, qui que vous soyez prenez rendez-vous avec...
SAM : C’est au sujet de Charles Connors.

L’homme sembla hésiter quelques instants mais il finit par prendre une décision.

JOHN MORTENSEN : Entrez.

Il la guida dans son bureau et l’invita à s’asseoir.

JOHN MORTENSEN : Qu’avez-vous de si important à me dire au sujet de Connors ?
SAM : Rien, si ce n’est que j’enquêtais sur sa disparition avant que mon supérieur ne nous dessaisisse de ce dossier.
JOHN MORTENSEN : Et qu’y puis-je ?
SAM : Il se dit que votre équipe prépare un gros coup lié à Connors.

L’homme resta figé quelques secondes, visiblement ennuyé part ce qu’il venait d’entendre. Au moment le plus imprévisible, il poussa un juron. Sam fut bien évidemment surprise mais elle savait qu’elle avançait.

JOHN MORTENSEN : Qui vous a dit ça ?
SAM : Je ne donne jamais mes sources mais...
JOHN MORTENSEN (sèchement) : Agent Spade, il ne s’agit pas d’un de vos interrogatoires de routine. Ce que je vous demande est d’une importance capitale !
SAM : Tout ce que je peux vous dire c’est que j’ai eu cette info par un policier.

Mortensen poussa un second juron et se raidit sur sa chaise. Il plongea ensuite dans un étrange mutisme et Sam pouvait presque l’entendre réfléchir tant il était concentré. Au bout de quelques minutes, elle crut cependant bon de lui rappeler sa présence car il l’avait manifestement oubliée.

SAM : M. Mortensen ?

L’homme sortit de ses pensées et la regarda un sourire au coin.

JOHN MORTENSEN : Agent Spade vous allez m’être d’une grande utilité.
SAM : Pourriez vous être plus précis ?
JOHN MORTENSEN : Jack Malone.

Sam sursauta.

SAM : Co... comment ?
JOHN MORTENSEN : C’est à cause de lui que vous êtes ici n’est ce pas ? J’aurais du m’en douter.
SAM (s’énervant) : Pourquoi dites vous ça et où est l’agent Malone ?
JOHN MORTENSEN : Il se trouve qu’actuellement l’agent Malone est en mission d’infiltration.

Sam ne sut pas quoi répondre.

JOHN MORTENSEN : Et j’aurais du me douter que vous viendriez car l’agent Malone m’a remis ceci pour vous.

Il sortit partiellement une feuille de papier de sa veste.

JOHN MORTENSEN : Il y a toujours une femme derrière chaque grand homme et je crois que l’agent Malone est un grand homme. Votre présence est ma foi fâcheuse mais elle m’aura quand même permis d’apprendre qu’il y a des fuites.
SAM (s’énervant) : Cessez vos charades et soyez plus précis.
JOHN MORTENSEN : Charles Connors a été enlevé car il trempe dans le trafic d’oeuvre d’art. Son "patron" a échappé plusieurs fois à la police et je pense que c’est parce qu’il y a une taupe dans mon équipe. J’ai donc décidé qu’il me fallait un homme n’en faisant pas partie mais ayant toutes les qualités requises.
SAM : Jack.
JOHN MORTENSEN : Effectivement. L’opération est d’envergure et les agents ont été réduits au minimum, mais d’après ce que vous m’avez dit tout porte à croire que notre balance est toujours là. C’est pourquoi je vais avoir besoin de vos services. J’ai appris il y a quelques heures que Malone a rendez vous demain soir avec notre trafiquant et qu’il doit lui apporter un tableau d’une grande valeur. Nous allons accélérer le mouvement. L’oeuvre en question nous a été prêtée dans l’après-midi et elle se trouve maintenant en lieu sûr. Nous allons avancer l’échange à ce soir et je vais faire placer tous mes agents en quarantaine. Cependant il me faut quelqu’un de confiance et vous allez rejoindre l’agent Malone.
SAM : Vous allez le faire tuer, votre trafiquant va sentir qu’il y a anguille sous roche. Vous ne savez même pas s’il a déjà été informé pour l’agent Malone.
JOHN MORTENSEN : Si nous attendons demain il ne viendra pas au rendez-vous et tout s’écroulera. Il risque de partir diriger son réseau dans un autre pays et il sera intouchable. Jusqu’à maintenant il se croyait invincible car il était renseigné mais si nous isolons sa taupe assez tôt il ne verra rien venir.
SAM : Je vous le répète, il est peut être déjà au courant.
JOHN MORTENSEN : Il doit visiblement être au courant que nous préparons un coup mais rien ne permet de dire qu’il sait pour Malone. S’il lui emmène ce tableau, il se montrera certainement plus enclin aux confidences et nous pourrons peut être l’avoir.
SAM : Peut être, si. Vous ne croyez pas que tous ces mots sont assez flous. Vous allez sacrifier l’agent Malone. De toute manière vous ne pouvez rien faire tout seul, il vous faut des hommes prêts à agir.
JOHN MORTENSEN : Je vais appeler le directeur adjoint Fitzgerald et demander l’aide du FBI.
SAM : Qui vous dit qu’il n’y aura pas de taupe.
JOHN MORTENSEN : Rien, mais si nous déclenchons cette opération au dernier moment il n’y aura pas le temps d’avoir des fuites. La seule question que vous devez vous poser c’est souhaitez vous rejoindre cette infiltration ?
SAM : Bien sûr.
JOHN MORTENSEN : Très bien. Le trafiquant en question s’appelle Peter Vardo et Jack est infiltré sous l’identité de James Leroy. Il a un goût très prononcé pour les femmes alors vous vous ferez passer pour sa petite amie du moment.

Quelle ironie pensa Sam. Ils fallaient qu’ils risquent leur vie pour pouvoir être ensemble.

JOHN MORTENSEN : Pour tout vous dire nous avions choisit l’agent Taylor pour rejoindre Malone mais vous irez tout aussi bien. Vous allez récupérer le tableau et rejoindre Malone. Vous irez non pas demain mais ce soir au Club68. Vardo y est tous les soirs et il ne s’attendra pas à vous voir. Vous le conduirez au tableau et ensuite vous tenterez de découvrir ses plans et l’endroit où se trouve Connors. Nous sommes pressés par le temps et il faut absolument que Vardo soit derrière les barreaux avant demain matin sinon tout tombe à l’eau. Vous porterez des micros et je me tiendrai à proximité pour tout entendre.
SAM : Vous savez que le port de micro ruine de 50% les chances de réussite d’une opération.
JOHN MORTENSEN : Nous n’avons pas le choix. Vardo ne vous montrera certainement pas son entrepôt ce soir et nous avons besoin d’éléments à nous mettre sous la dent. Je ne veux pas passer de coup de fil alors je pars directement au bureau du directeur adjoint. Tenez, prenez ceci.

Il lui tendit un trousseau de clés.

JOHN MORTENSEN : Il s’agit des clés de la consigne 47 de la gare routière de Manhattan.
SAM : Vous avez placé le tableau dans une consigne de gare ?
JOHN MORTENSEN : Je l’ai personnellement récupéré chez une vieille dame et je ne voulais absolument pas le mettre au bureau des objets saisis par la police. Tout le monde y rentre comme dans un moulin et c’est beaucoup moins sûr qu’une consigne de gare, croyez-moi. Bref, récupérez-le et rejoignez Malone, voici son adresse. Dans la chambre de l’appartement vous trouverez une mallette contenant des armes et des micros. L’agent Malone ne devait pas avoir à s’en servir mais ce soir vous en aurez besoin. Equipez-vous et rejoignez Vardo.
SAM : Très bien.
JOHN MORTENSEN : Bon courage.


[Une rue - New York]
C'est le coeur battant à la chamade que Sam se dirigea vers la 28ème avenue. Elle avait récupéré le tableau à la gare routière de Manhattan et tentait maintenant de braver les embouteillages pour rejoindre Jack. Il était 21 heures et elle n’avait pas de temps à perdre dans les légendaires bouchons de la ville. Ne pouvant mettre sa sirène par peur de se faire repérer, elle décida de bifurquer sur la droite pour prendre un raccourci que lui avait montré Danny lors d’une course poursuite acharnée. Son anxiété allait crescendo et elle n’aurait pu dire si la cause en était l’opération qu’elle préparait ou la crainte de la réaction de Jack. Elle aurait bien vite la réponse à sa question, elle était arrivée.


[28ème avenue – Appartement 186C]
Alors qu’il s’apprêtait à aller prendre une douche, Jack entendit frapper à la porte de l’appartement. Saisissant immédiatement son arme, il se dirigea vers le judas en espérant que Vardo n’allait pas encore lui jouer un mauvais tour. Néanmoins, il était loin de se douter qu’il aurait préféré voir le trafiquant derrière cette porte plutôt que la personne qui s’y trouvait. Au bout de quelques secondes il se décida à ouvrir et fit entrer Sam.

JACK (de mauvaise humeur) : Qu’est ce que tu fais là ?
SAM : John Mortensen m’a infiltré.
JACK : Il n’avait absolument pas le droit de faire ça.
SAM (gênée) : Et bien... c’est plus compliqué que ça.
JACK : Qu’entends-tu par là ?
SAM : Je n’ai pas le temps de t’expliquer mais il va falloir que nous coopérions.
JACK : Tu n’as rien à faire ici. Je me débrouille très bien tout seul.
SAM : Vu l’état de ton visage permets-moi d’en douter. Crois-tu vraiment avoir le monopole du danger ? De toute façon les plans ont changé.

Sam lui expliqua les changements intervenus et Jack semblait bouillir de plus en plus.

JACK : Je refuse catégoriquement que tu m’accompagnes !
SAM (s’énervant) : Une fois de plus je constate qu tu n’as pas confiance en moi !
JACK : Ce n’est pas une question de confiance, c’est une question de danger.
SAM : Ton adage c’est "Fais ce que je dis mais pas ce que je fais " ?
JACK : Dis moi où est le tableau et rentre chez toi.
SAM : Je n’ai pas d’ordre à recevoir de toi. Jusqu’à ce que toute cette affaire soit terminée John Mortensen est mon supérieur, et tu le sais aussi bien que moi.

Jack était en proie à une grave crise intérieure. Il ne pouvait se résoudre à faire prendre tant de risques à la femme qu’il aimait, mais sa peur d’être rejeté s’il lui avouait ses sentiments était encore plus forte. La jeune femme ne lui laissa pas le temps de réfléchir d’avantage et le sortit de la torpeur dans laquelle il avait glissé sans même s’en rendre compte.

SAM : Jack ! Jack !
JACK : Quoi ?
SAM : Il faut se préparer. L’heure tourne et nous jouons serré.
JACK (bougon) : Je vais m’habiller.

Bien qu'abattu, il n'avait pas encore dit son dernier mot. Lorsqu’il se retrouva seul dans la chambre, Jack se précipita vers la mallette dont Sam lui avait indiqué l’emplacement. A l’intérieur, il trouva les armes et les micros. Au nombre de trois, ils étaient de taille assez réduite et semblait être de dernier cri. Il en attrapa deux, se dirigea vers la penderie et les posa au milieu de sa pile de caleçons. Sam n’irait jamais chercher là. Pour lui il n’était pas question qu’elle porte un micro car cela multipliait ses chances de se faire tuer, et ça il n’en était pas question.

******

Sam avait fait un tour par la salle de bain et s’était recoiffée et remaquillée. Elle avait également quitté sa veste, jugeant qu’elle ne correspondait pas à son statut de "femme de truand". Elle était maintenant postée près de la fenêtre, observant les lumières de la ville et l’agitation qui régnait dans les rues. Jack sortit enfin de la chambre et elle le trouva plus beau que jamais. Il portait une veste noir, visiblement assez chère vu sa coupe irréprochable, une chemise blanche et un jean de grande marque.

JACK : Tiens.

Il lui tendit deux pistolets et un taser.

JACK : Prends ça.
SAM : Merci. Et toi ?
JACK : J’ai ce qu’il faut ne t’inquiètes pas. Bien, si j’ai tout compris nous devons être au Club68 à 23h30. D’ailleurs où se trouve le tableau ?
SAM : Dans le coffre de ma voiture.
JACK : Tu as laissé un tableau d’une telle valeur dans ta voiture ?
SAM : J’ai jugé ça plus sage que de me balader avec sous le bras pour monter au vingtième étage. Et j’ai une alarme dernier cri.
JACK : Espérons le. Une fois au club nous laisserons Vardo venir vers nous, il sera intrigué de nous voir là-bas. Quand le poisson aura mordu nous l’emmènerons aux entrepôts et là nous lui montrerons le Langlais. C’est là qu’il faudra essayer de lui soutirer des informations au sujet de Connors et de son trafic, pendant qu’il examinera l’oeuvre. Je suppose que quand nous en aurons assez Mortensen lancera l’assaut.
SAM : Effectivement. Si tout se passe bien ils devraient être sur place à notre arrivée.
JACK : Espérons le mais par mesure de précaution essayons de gagner le plus de temps possible au club.
SAM : Parfait.
JACK : Très bien alors je crois que nous pouvons y aller.
SAM : Les micros Jack !
JACK : Je me suis équipé. Normalement il devrait commencer à fonctionner quand nous arriverons prêt du relais, c'est-à-dire aux entrepôts.
SAM : D’accord mais où est le mien ?
JACK : Il n’y en avait qu’un.
SAM : Ce n’est pas ce qu’a dit Mortensen !
JACK : Et bien il s’est trompé.
SAM : Jack ! Moins nous aurons de micros et plus nos chances de réussir seront faibles.
JACK : Ecoute nous n’avons pas le temps pour le jeu de la vérité et je te dis qu’il n’y en avait qu’un. Et puis ce genre de micro à une très longue portée. Il faut y aller maintenant mais fouille l’appartement si ça te chante.
Furieuse, Sam passa devant lui sans un regard et se dirigea vers la sortie.


[Club68]
Jack et Sam s’étaient séparés en bas de l’immeuble de la 28ème, chacun prenant sa voiture respective. Durant tout le trajet, Sam n’avait pas cessé de penser au comportement de Jack. Non seulement il n’avait pas eu la réaction espérée en la voyant mais en plus il ne lui faisait pas confiance. Elle savait qu’il mentait à propos des micros et elle savait qu’il ne l’aimait plus. Arrivée devant la boîte, elle descendit de voiture et prit une profonde inspiration. Jack arriva à sa hauteur, visiblement toujours de mauvaise humeur. Néanmoins, elle sursauta quand il lui dit :

JACK : Donne moi la main.
SAM : Qu... Quoi ?
JACK : Ta main. Nous sommes censés être ensemble alors donne moi ta main.
SAM : Oh, très bien.

Joignant le geste à la parole, elle glissa sa main dans le creux de celle de Jack. Aussitôt, une douce chaleur envahie son corps.

JACK : Prête ?
SAM : Prête.
JACK : Alors allons-y.

La même hôtesse que la veille au soir accueillit Jack et le conduisit dans l’antre de la musique. Comme précédemment il commanda à boire et comme précédemment deux magnifiques jeunes femmes s’installèrent à ses côtés. Visiblement peu gênées par la présence de Sam, elles recommencèrent leur manège. La vague de chaleur qu’elle avait ressentie quelques minutes plus tôt disparue pour laisser place à une colère sourde. Ses émotions devaient êtres visibles car lorsqu’elle croisa le regard de Jack il déclara immédiatement :

JACK : Merci les filles mais j’ai de la compagnie ce soir.

Les deux demoiselles s’éclipsèrent aussitôt, laissant Jack à ses interrogations. Avait-il rêvé ou avait-il bien vu de la jalousie dans le regard de Sam ? Vardo arriva quelques secondes plus tard à leur table.

PETER VARDO : Monsieur Leroy. Je ne vous attendais pas si tôt, ni en si charmante compagnie.

Il baisa la main de Sam.

JACK : Changement de programme.
PETER VARDO : Il m'est impossible d'envisager que vous ayez déjà récupéré le... paquet.
JACK : Vous pouvez parler librement devant Camélia.

Sam ne put s'empêcher de sourire. Ainsi Jack se souvenait qu'elle adorait cette fleur.

PETER VARDO : Les amis de mes amis sont mes amis. Et comment pourrais-je me méfier d'une femme portant un si joli prénom ?

Jack serra la mâchoire pour ne pas montrer ses émotions. Inconsciemment, il se rapprocha de Sam, comme pour la protéger. Ou se protéger lui, il n'aurait su le dire.

JACK : Pour en revenir à l'affaire qui nous occupe, je crois être en mesure de vous affirmer que cette soirée est placée sous les meilleurs hospices.
PETER VARDO : Je n'en doute pas une seule seconde. Nous pourrions peut être aller voir cette merveille.

Il fallait gagner du temps et Jack le savait. Cependant il n'eut pas le temps de trouver une solution car Sam le devança.

SAM : M. Vardo, la soirée ne fait que commencer. Vous m'accorderez bien cette danse tout de même ? (Se tournant vers Jack) Tu permets chéri ?
JACK (crispé) : Bien évidemment.
PETER VARDO : La proposition est tentante et je n'ai jamais su dire non à une belle femme.

Joignant le geste à la parole, il attrapa la main de Sam et tous deux se dirigèrent vers la piste de danse. Jack ne les quitta pas des yeux. Sur la piste surpeuplée, Sam et lui étaient quasiment collés l'un contre l'autre. Au bord de la crise d'apoplexie, il préféra détourner le regard. Rongé par la jalousie, il attendit que les secondes s'égrainent et que sa belle revienne vers lui. Cependant, les secondes se transformèrent en minutes et il avait l'impression que Vardo s'était encore rapproché de Sam lorsqu'il les regarda pour la énième fois. Ne tenant plus, il se leva et se dirigea vers les toilettes pour hommes. Il se passa de l'eau sur le visage puis se regarda dans le grand miroir accroché au mur. Ce qu'il y vit ne le satisfit guère. Le visage encore largement tuméfié, il se trouvait horrible. Comment pourrait-elle m'aimer songea t-il ? Au bout de quelques minutes, durant lesquelles il respira de grandes bouffées d'air et essaya de se reconcentrer, Jack sortit enfin. Vardo et Sam n'étaient plus sur la piste de danse. Les sens en alerte, il se fraya un chemin jusqu'à la mezzanine et fut soulagé de la trouver assise sur la banquette, même si elle riait avec le truand. Il se décida à les rejoindre, estimant que la plaisanterie avait assez duré et qu'il était temps de passer aux choses sérieuses, en espérant que Mortensen et sa cavalerie étaient en place.

JACK : Ah vous voilà.
PETER VARDO : Nous n’étions pas bien loin.
JACK : Heureusement.

Vardo semblait avoir compris le message. Un petit sourire aux lèvres il lui répondit :

PETER VARDO : Maintenant que vous m’avez montré votre premier trésor vous pourriez peut être me présenter le second.
JACK : Je pourrais oui.
PETER VARDO : Je sens qu’il y a un mais !
JACK : Effectivement. Je n’apprécie pas vraiment la façon dont vous vous intéressez à... mes trésors.

Le truand se mit à rire tandis que Sam ne disait rien, consciente d’être l’enjeu de ce "combat de coqs". La seule chose qu’elle se demandait était si Jack jouait la comédie pour parfaire son rôle de méchant ou s’il était sérieux.

PETER VARDO : Je constate avec plaisir que vous avez des limites M. Leroy. Mais sachez que les miennes sont beaucoup plus extensibles et surtout que j’adore... disons butiner les fleurs.

Le sang de Jack ne fit qu’un tour et avant que Sam ne comprenne ce qui se passait il avait déjà saisi Vardo par le col. Celui-ci lui répondit par un coup de poing et une des blessures de l’agent du FBI se rouvrit. Une fois de plus, du sang perlait sur ses vêtements hors de prix. Mais il ne s’en souciait visiblement pas et il plaqua violemment Vardo contre le mur. Ces gorilles étaient sur le point d’intervenir mais il voulut la jouer grand seigneur devant "Camélia" et leur fit signe de ne pas bouger.

JACK (criant) : Je croyais pourtant avoir été clair hier soir. N’essayez surtout pas de me doubler.
PETER VARDO (éclatant de rire et tentant de se rattraper) : Rassurez vous il ne s’agissait que d’un test. Un homme protégeant sa "femme" est pour moi un homme de foi.

Jack s’aperçut alors que tous les danseurs le regardaient et il comprit qu’il fallait qu’il se reprenne s’il ne voulait pas que leur opération échoue.

JACK : J’espère que vos petits tests ne vont pas durer éternellement car ma patience à des limites.

Il lâcha enfin Vardo et Sam s’avança vers lui pour essuyer le sang qui coulait toujours le long de son visage. Il fit un geste de la main, pour ne pas qu’elle l’approche, et se dirigea une fois de plus vers les toilettes pour hommes. Sam resta confuse, ne supportant pas l’idée qu’il l’ait rejeté. Il revint cinq minutes plus tard, le visage rafraîchit et les vêtements en ordre. L’atmosphère entre les deux agents était glaciale et seul Vardo semblait amusé par la situation.

PETER VARDO : Excusez moi encore pour ce petit incident.
JACK : Parlons affaire, cela vaudra mieux.
PETER VARDO : Avec plaisir. Je suis impatient de voir le chef d’oeuvre.
JACK : Et bien allons-y.

Joignant le geste à la parole, il se leva et se dirigea vers la sortie. A l’extérieur, l’air vif de la nuit le saisit au visage. Il vit Vardo monter dans sa limousine avec ses gorilles et Sam se diriger vers sa voiture. Lui-même prit place derrière le volant de la puissante machine prêtée par Mortensen et démarra sur les chapeaux de roue.


[Une rue de New-York – La nuit]
Il était partit depuis environ cinq minutes quand son téléphone portable sonna. L’écran indiquait "Samantha". Il hésita à répondre mais finit tout de même par décrocher.

SAM : Tu comptes te tuer avant d’arriver aux entrepôts ou quoi ?
JACK : Je te demande pardon ?
SAM : Ralenti ! Je n’arrive pas à te suivre.

Il regarda machinalement le compteur de la voiture et s’aperçut que l’aiguille était beaucoup plus proche du rouge que du zéro. Il leva immédiatement son pied de la pédale.

SAM : Merci, j’aperçois enfin l’arrière de ton bolide. Tu peux m’expliquer ce qui t’as pris au club ? Durant la bagarre tu aurais très bien pu perdre le micro.
JACK : Oui mais ça n’a pas été le cas.
SAM : Jack ! Mais qu’est ce qui te prend ?
JACK : Rien laisse tomber.
SAM : Ecoute je crois qu’il faudra que nous parlions sérieusement après tout ça mais pour l’heure nous devons rester soudés.
JACK : Je sais.
SAM : Parfait alors à tout de suite.


[Un entrepôt sur les quais]
Il était déjà tard quand ils arrivèrent sur les quais. Rien ne laissait présager qu’un groupe d’intervention était disséminé dans le quartier mais les deux agents du FBI espéraient pourtant que c’était le cas. Sam descendit de son véhicule et se dirigea immédiatement vers le coffre. Dès qu’il vit l’oeuvre d’art protégée par du papier kraft, Vardo fût immédiatement en proie à une grande excitation. Alors qu’il se dirigeait vers eux pour voir le tableau, Jack jugea préférable de l’entraîner dans l’entrepôt.

JACK : Nous ne sommes pas des vendeurs à la sauvette. Allons à l’intérieur, c’est plus prudent.
PETER VARDO : Vous avez raison.

La petite équipe (Jack, Sam, Vardo et ses gorilles) s’éloigna alors du bord de l’Hudson pour pénétrer dans le bâtiment. Le truand ne pu résister d’avantage et il arracha presque le tableau des mains de Sam pour le voir de ses propres yeux. Il enleva tout de même "l’emballage" avec soin mais tomba presque en extase lorsque le dernier morceau de papier se trouva à ses pieds. Un simple échange de regards suffit à Sam et Jack pour conclure qu’il était temps de le faire parler.

JACK : Magnifique n’est ce pas ? Il me semble que j’ai largement respecté ma part du marché, à vous maintenant.
PETER VARDO : Que voulez vous dire ?
JACK : Votre carnet d’adresses. Je le veux et vous me le devez.

L’homme ne répondit pas tout de suite, il réfléchissait manifestement.

JACK : J’attends.
PETER VARDO : Je dois bien admettre que ce tableau est une pure merveille et qu’il mérite bien quelques noms.
JACK : Quelques noms ? Je dirais plutôt un tas de noms, comme ceux de vos meilleurs acheteurs et de vos meilleurs vendeurs. Ainsi que les numéros à posséder bien évidemment.
PETER VARDO : Très bien.

Il sortit un petit calepin de la poche de sa veste et l’envoya vers Jack. Celui-ci l’attrapa au vol et entreprit de le feuilleter. Sam s’était approché de lui afin de lire par-dessus son épaule. Trois noms retinrent son attention.

SAM : Bondy, Connors et Marshall ? Pourquoi ces noms sont-ils rayés ? Trop peu fiables ?
PETER VARDO : Pas exactement. Disons que j’ai eu quelques petits différents avec eux.
SAM : Quel genre ?
PETER VARDO : Le genre ennuyeux.
JACK (souriant) : Je vois.
PETER VARDO : Auriez vous eu le même type de problèmes ?
JACK : C’est le cas de le dire. Les gens sont extraordinaires, ils vendent leur âme au diable et viennent pleurer dans votre giron quelques mois plus tard parce qu’ils sont pris de remords. L’homme est décidément aussi bête qu’il en a l’air.
PETER VARDO (éclatant de rire) : Je vois qu’en Europe la nature humaine est la même que dans ce cher pays.
JACK : Hélas. Le dernier revendeur avec qui j’ai travaillé détournait allègrement mon argent en pensant que je ne m’en rendrais pas compte. Quel idiot ! Paix à son âme.
PETER VARDO : Ne m’en parlez pas. Durant ces deux derniers mois j’ai dû me séparer de trois de mes employés.

Trois ? Cela ne présageait rien de bon pour Connors.

SAM : Bondy, Connors et Marshall n’est ce pas ?
PETER VARDO : Non. Bondy, Marshall et Lewis.

Lewis ? Les deux agents n’en avaient jamais entendu parler mais au moins Connors semblait toujours être en vie.

JACK : Je suppose que Connors est le prochain sur votre liste ?
PETER VARDO : Pas tout à fait. Ce cher Connors va moisir encore quelques heures dans un garde-meuble avant de rendre son dernier souffle.

A y est, ils avaient l’information.

PETER VARDO : Et si je me permets de vous dire tout cela c’est parce que vous n’allez pas avoir la même chance.

Jack comprit que le vent était en train de tourner et il se rapprocha instinctivement de Sam pour la protéger. Il tenta de gagner du temps.

JACK : Une fois de plus vous allez faire une énorme erreur.
PETER VARDO : Je ne refais jamais deux fois les mêmes erreurs. Et c’est pour cette raison que je vais m’occuper personnellement de vous.

Joignant le geste à la parole, il sortit une arme tandis que ses hommes de main désarmaient les deux agents.

PETER VARDO : Quatre pistolets et deux taser. Je vois que vous n’étiez pas venu les mains vides. Mais quel genre de truand porte des armes pareilles ? Dites moi qui vous êtes !
JACK : Il me semble que nous avons déjà eu cette discussion, vous devriez vous renouveler.
PETER VARDO (s’approchant de Jack) : Rira bien qui rira le dernier. Et là ?

Avec beaucoup de rapidité et de précision, il avait pointé son arme sur la tempe de Sam.

JACK (hurlant) : Ne la touchez pas !
PETER VARDO : Dites moi qui vous êtes ou je la tue.
JACK : Laissez la partir et je vous dirais tout ce que vous voulez savoir.
SAM (hurlant) : Non !
PETER VARDO : Vous n’êtes pas en position de négocier.

Le doigt sur la détente, il semblait prêt à tirer. Jack se demandait ce que pouvaient bien faire Mortensen et son équipe. Il ne pouvait plus attendre et sa priorité était de sauver Sam d’un désastre imminent.

JACK : Très bien, je vais vous dire qui je suis.
SAM : Non !
JACK : Je m’appelle...
SAM : Non ne fais pas ça !
JACK : Jack Malone.

Cette révélation eut l’effet escompté car Vardo se désintéressa de Sam.

PETER VARDO : Pour qui travaillez vous ?

Jack ne répondit rien et un éclair de compréhension passa dans le regard du truand.

PETER VARDO : Klaus, fouille la fille !

L’un des gorilles se dirigea vers la jeune femme et la fouilla sans ménagement, allant même jusqu’à lui arracher sa chemise. Jack voulut la secourir mais une fois de plus Vardo pointa une arme dans sa direction.

KLAUS : Rien, elle est clean.

Sam était fébrile. A moitié nue, elle savait que le micro de Jack allait être découvert.

PETER VARDO : A vous maintenant, Jack.

Klaus se dirigea vers l’agent du FBI et, comme il l’avait fait pour Sam, lui arracha sa chemise. Le micro était là, en plein milieu du torse du quadragénaire. Déjà sous pression, Vardo explosa de rage et vida son chargeur sur Jack. Bam, bam, bam. Sam hurla et tout se précipita autour d’elle. Les hommes de Mortensen arrivèrent par dizaines et de nombreux coups de feu furent échangés. Mais Sam ne sentit pas l’odeur de la poudre et ne vit pas le truand être maîtrisé. La seule chose qui comptait c’était Jack et elle se précipita vers lui. Inconscient, il était pâle comme un linge et perdait beaucoup de sang. Visiblement il avait été touché à deux reprises et elle tenta de stopper l’hémorragie.

SAM (hurlant) : Vite une ambulance !! Appelez une ambulance !!

Ses larmes roulaient sur les lèvres maintenant bleues de Jack et elle lui murmura des mots doux à l’oreille.

SAM : Jack je t’en supplie, tu ne peux pas me faire ça. Je t’aime et j’aimerais avoir l’occasion de te le dire. Accroches-toi, accroches-toi.

Cependant, Jack ne sembla pas l’entendre et son pouls cessa brutalement de battre. Plusieurs agents, dont Mortensen, se trouvaient maintenant près d’elle et elle leur hurla dessus tout en commençant un massage cardiaque.

SAM : Il nous faut des secours !!
JOHN MORTENSEN : Ils arrivent.
SAM (s’adressant à un jeune agent) : Massez le !!

Passant le relais au jeune agent elle commença le bouche à bouche.

SAM : Reviens, reviens !!

Cette fois-ci il sembla l’entendre car la jeune femme sentit à nouveau battre son coeur. Les infirmiers arrivèrent à ce moment précis et le prirent en charge. Bien qu’ils tentaient de l’écarter, Sam resta auprès de l’homme qu’elle aimait. Ils lui prodiguèrent les premiers soins mais il était vital qu’il soit transporté à l’hôpital. Les ambulanciers le fixèrent avec précaution sur la civière et l’emmenèrent vers l’ambulance. Sam voulut bien évidemment monter avec lui mais un infirmier la repoussa gentiment.

INFIRMIER : Je suis désolé mais l’état de votre ami est préoccupant et nous devons nous concentrer exclusivement sur lui. Cependant vous pouvez nous suivre avec votre voiture, nous l’emmenons à St-Fernand.
SAM : Merci.

Alors que les secouristes s’éloignaient et que les lumières de l’ambulance disparaissaient dans la nuit, Sam eut un léger malaise. A moitié nue, elle était frigorifiée et ses mains étaient couvertes du sang de Jack. Mortensen arriva à sa hauteur :

JOHN MORTENSEN : Je suis vraiment désolé.
SAM : Qu’est ce que vous avez foutu ? Vous auriez dû intervenir bien plus tôt !
JOHN MORTENSEN : Il nous fallait un maximum d’éléments contre Vardo.
SAM : Et je suppose que tentative de meurtre sur un agent fédéral est un élément suffisant pour envoyer Vardo sur la chaise électrique n’est ce pas ?
JOHN MORTENSEN : L’agent Malone connaissait les risques.
SAM (hurlant) : Oui c’est exact, l’agent Malone a accepté toutes vos conditions sans broncher. Il a été infiltré, il a porté un micro et il a accepté le fait de ne pas avoir de gilet par balles pour ne pas se faire remarquer. Et en échange qu’est ce qu’il a eu ? Rien du tout. Pouvez vous m’expliquer pourquoi sur une opération de cette envergure il n’y avait même pas une ambulance sur place ? Non vous ne pouvez pas car vous avez tout fait dans la précipitation et nous n’étions que des pions sur votre échiquier.

Mortensen ne savait pas quoi répondre. Un homme de son grade aurait effectivement dû prévoir des secours. Il se contenta de remettre une lettre à la jeune femme et s’éloigna dans le brouillard qui commençait à se lever. Au bout de quelques mètres, il se retourna et dit :

JOHN MORTENSEN : Vous n’êtes pas en état de conduire. Un de mes hommes va vous conduire à St-Fernand.


[Hôpital St-Fernand – Service des Urgences]
Sam se trouvait au service des Urgences depuis plusieurs heures maintenant. A son arrivée, on lui avait appris que Jack avait fait un second arrêt cardiaque durant le trajet mais que les infirmiers avaient pu le réanimer. Il était maintenant au bloc opératoire et une infirmière compatissante lui avait promis de la tenir informée. Elle avait failli appeler ses collègues de travail pour les prévenir mais il ne servait à rien de les réveiller en pleine nuit, le moment de tout leur expliquer serait suffisamment pénible. Toujours enveloppée dans la couverture qu’on lui avait tendue à son arrivée, elle sortit une feuille de sa poche. Elle n’avait pas encore lu le papier remis par Mortensen et redoutait presque de le faire. Elle se décida enfin, ouvrit fébrilement l’enveloppe et en sorti son contenu avec précaution. Après avoir pris une grande inspiration, elle commença sa lecture :

Ma chère Sam,
Comme le disait Marilyn Monroe, ton actrice préférée, "Tout ce qui compte vaut la peine d'attendre". Si un jour tu lis cette lettre je crains malheureusement que cela ne signifie que j'ai trop attendu. Mais la mort m'aura enfin permis de te dire ce que je ne t'ai jamais avoué de mon vivant. Sache que je t'aime de tout mon être et que tu seras toujours dans mon coeur. Surtout sois heureuse et souviens toi qu'une partie de moi vivra toujours en toi.

Je t'aime à jamais.
Jack.


Ainsi lui aussi l’aimait toujours. A ce moment précis elle le détesta presque. Pourquoi n’avait-il rien dit avant ? Tout aurait été si différent. Le visage baigné de larmes, elle finit par s’endormir dans son fauteuil, la lettre serrée tout contre son coeur.

******

Une main caressant son visage la réveilla brutalement. Elle n'aurait pu dire combien de temps elle avait dormi mais les rayons du soleil venaient maintenant inonder de lumière les couloirs de l'hôpital. Tous les détails de la longue nuit précédente lui revinrent en mémoire et elle se leva brusquement. Elle fit tomber le morceau de papier qu'elle avait jusqu'à maintenant garder précieusement et l'homme qui l'avait réveillée le lui tendit.

DANNY : Tiens.
SAM : Merci. Danny je suis si heureuse de te voir.

Son collègue la serra dans ses bras mais elle se dégagea rapidement.

SAM : Quelle heure est-il ?
DANNY : 8H30.
SAM : Et il n'est toujours pas redescendu ? Tu as eu des nouvelles ?
DANNY : Quand je suis arrivé l'infirmière m'a dit qu'il n'était pas encore revenu du bloc.
SAM : Mais ça fait plus de trois heures qu'il est là haut.
DANNY : Je sais bien mais apparemment son état était assez préoccupant et c'est normal que les médecins s'assurent que tout se passe bien.
SAM : J'espère que tu as raison. Mais au fait, qu'est ce que tu fais ici ? Qui t'as prévenu ?
DANNY : J'ai essayé de te joindre hier soir mais je n'ai pas réussi. J'ai insisté pendant un long moment mais sans succès. Quand j'ai vu qu'il en était toujours de même ce matin j'ai commencé à m’inquiéter. Je suis parti plus tôt au bureau en espérant t'y trouver mais à la place j'ai trouvé Mortensen et Van Doren en grande discussion. Ils m'ont expliqué que Jack était ici mais je n'en sais pas plus. Je sais que ce n'est pas le moment mais tu veux bien éclairer ma lanterne ?

La jeune femme lui résuma l'affaire depuis son commencement et jusqu'à sa fin tragique. Ayant la plus grande confiance en Danny, elle lui parla même de la bagarre au club et de la lettre écrite par Jack.

DANNY : C'est très beau. Je suis désolé qu'il ne se soit pas déclaré avant mais je pense qu'il avait peur.
SAM : Peur ? Mais de quoi ?
DANNY : Et toi de quoi avais-tu peur ?
SAM : Je ne comprends pas.
DANNY : Bien sûr que si. Toi aussi tu l'aimes et pourtant tu n'as pas été vers lui. Alors je me dis que c'est parce que tu avais peur de quelque chose.
SAM (les larmes aux yeux) : En fait... j'avais peur qu'il me rejette. Pourtant je peux t'assurer que depuis le premier jour où je l'ai vu je n'ai jamais cessé de l'aimer, pas même quand...

Elle s'interrompit brusquement, consciente de ce qu'elle allait dire. Elle savait que Danny était très ami avec Martin et ne voulait pas dire quelque chose pouvant être blessant. Cependant, Danny savait qu'elle n'avait pas volontairement fait du mal à son ami et comprenait très bien les aléas de l'amour.

DANNY : Pas même quand tu étais avec Martin n'est ce pas ?
SAM (doucement) : Oui.
DANNY : Et bien justement si Jack ne t'a rien dit c'est sûrement parce qu'il avait peur d'être rejeté aussi, et parce qu'il pensait que tu avais tourné la page.

Elle n'eût pas le loisir de répondre car un médecin se dirigea vers eux, les traits tirés.

MEDECIN : Je suis vraiment désolé mais...

Avant même qu'il ait finit sa phrase Sam éclata en sanglots. Conscient qu'il s'y était mal pris, le médecin s'empressa de la détromper.

MEDECIN : Rassurez vous l'opération c'est bien passée. Je voulais juste dire que nous avons été obligés de lui enlever la rate car elle était vraiment trop endommagée. De plus ses deux arrêts cardiaques l'ont grandement fragilisé. Votre collègue devrait s'en sortir mais il lui faudra une grande période de soins et de repos.
SAM : Merci.
MEDECIN : Pardonnez moi si je vous ai effrayé mais la nuit a été longue.
SAM : Bien sûr. Peut on le voir ?
MEDECIN : En début d'après-midi seulement. Je vais vous laisser mais nous aurons certainement l'occasion de nous revoir.

La jeune femme était dépitée mais elle comprenait qu'il fallait respecter le protocole médical. De toute façon Jack allait vivre et c'était tout ce qui comptait.

******

Malgré de nombreuses protestations, Danny avait finit par la convaincre de rentrer chez elle pour manger un morceau et prendre une douche. Il l'avait conduit lui-même à son domicile et elle devait bien avouer qu'elle s'était sentie beaucoup mieux dès lors qu'elle avait été nourrie et lavée. De retour à St-Fernand, les deux collègues avaient trouvés Martin et Vivian dans la salle d'attente. L'équipe était désormais au complet, unie dans l'épreuve. Ils discutèrent bien évidemment de l'affaire et tous s'accordèrent à dire que Mortensen avait été plutôt léger au sujet de la sécurité de "ses taupes". Mais Sam n'écoutait que d'une oreille, tout ce qu'elle désirait c'était voir Jack. La matinée tira doucement vers sa fin et une infirmière vint enfin à leur rencontre.

INFIRMIERE : M. Malone vient de se réveiller. Cependant il est très faible et il n'est autorisé à voir qu'une seule personne.

Tous les regards se tournèrent immédiatement vers Sam et sans qu'un seul mot ne soit échangé elle savait que ses collègues lui donnaient leur place sans hésiter.

SAM : Merci.

Elle suivit l'infirmière qui lui fit enfiler une blouse et un masque avant de la faire pénétrer dans la chambre de Jack. Celui-ci semblait prisonnier des tuyaux qui l'entouraient et qui couraient partout sur son corps. Il était toujours très pale et s'il n'avait pas eu les yeux légèrement ouverts on aurait pu croire qu'il était mort. Emue, Sam s'approcha doucement de lui et s'assit dans le fauteuil adjacent au lit.

SAM : Je suis heureuse de te voir.

Jack esquissa un sourire. Bien qu'ayant beaucoup de difficultés à parler, il parvint tout de même à murmurer :

JACK : Merci de m'avoir sauvé la vie. (Prenant son temps) On m'a dit que tu m'avais réanimé à l'entrepôt en attendant les secours.

Il se mit à tousser violemment. Cette courte phrase l'avait visiblement épuisé.

SAM : Tu n'es pas en état de parler alors écoute plutôt. C'est toi qui m'as sauvé la vie quand tu as refusé que je porte un micro. A l'entrepôt également tu m'as défendu et protégé. Personne n'avait jamais fait ça pour moi auparavant. Et personne ne m'avait jamais fait une si belle déclaration d'amour.

Elle sortit la lettre de sa poche et Jack détourna le regard. Comme au club, Sam glissa sa main dans le creux de celle de Jack. Surpris par ce contact, il la regarda de nouveau.

SAM : Tu sais je regrette vraiment qu'il ait fallu un drame comme celui-ci pour te donner le courage de m'avouer tes sentiments.
JACK (épuisé) : Arrête. Je ne veux pas que tu aies pitié de moi. Je ne suis pas mort et tu n'aurais jamais dû avoir cette lettre.

Bien que ce soit la dernière chose dont il ait eu envie, il retira sa main de celle de Sam. Celle-ci, déterminée, la reprit aussitôt.

SAM : Pourquoi fais-tu ça ? Pourquoi t'obstines tu à croire que ton amour n'est pas partagé ? En fait je sais pourquoi : c'est parce que tu as peur d'être rejeté.

Il la regardait intensément, priant pour qu'elle ne lui brise pas son coeur déjà bien malade.

SAM : Et si je le sais c'est parce que durant toutes ces années j'ai eu la même crainte. Mais aujourd'hui je n'ai plus peur et je veux te dire tout ce que j'ai sur le coeur. J'ai tellement cru que je n'aurais plus l'occasion de te le dire en te regardant dans les yeux.

Bien que très fatigué, Jack buvait chacune de ses paroles.

SAM : La vérité c'est que je t'aime. Je t'ai aimé dès l'instant où j'ai posé le regard sur toi et notre séparation a été l'une des épreuves les plus difficiles que j'ai eu à surmonter. D'ailleurs je n'y suis jamais arrivé totalement et tu as toujours été présent dans mes pensées. Chaque moments que nous avons partagés, chaque baisés que nous avons échangés, tout ça est gravé dans mon coeur et rien ne me rendrait plus heureuse que de pouvoir t'aimer à nouveau. J'ai tellement eu peur de te perdre que je ne veux plus que nous soyons séparés.

Elle se leva alors et déposa prudemment un léger baisé sur les lèvres de Jack.

SAM : Crois moi, ça ce n'est pas de la pitié. Et même si je sais que beaucoup d'épreuves nous attendent, sache que je serais présente à tes côtés à chacune d'entre elles.

Une larme perla le long de la joue de Jack. Paradoxalement, il n'avait pas été si heureux depuis bien longtemps.


[Un an et demi plus tard]
Les cloches de la cathédrale retentissaient lorsque les mariés sortirent sur le parvis. Sam étincelait dans une robe d'un blanc éclatant tandis que Jack rayonnait entre sa nouvelle femme et ses deux filles. Depuis le jour où Sam lui avait déclaré sa flamme beaucoup de choses avaient changé. De long mois de rééducation, durant lesquels elle fut toujours à ses côtés, avaient terminé de les rapprocher. Il avait également pris du grade et changé de travail. En effet, il avait reçu une promotion pour son action héroïque ainsi que pour sa façon exemplaire de traiter l'affaire Vardo, et il travaillait désormais dans un autre bâtiment fédéral de la ville, à un poste équivalent à celui de Van Doren. Sam n'était donc plus sous ses ordres et il avait enfin pu lui poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis quelques temps : "Acceptait-elle de l'épouser ?" La jeune femme, folle de joie, avait évidemment dit oui et ils avaient préparé ensemble chaque minutes de leur mariage. Danny et Vivian avaient accepté d'être leur témoin tandis que Maria, avec qui Jack avait de meilleurs rapports, leur avait assuré que les filles seraient présentes pour le grand jour. Et elle n'avait pas menti. Jack voyait bien plus souvent Hanna et Kate et même si les premières rencontres avaient été difficiles, les deux jeunes filles s'entendaient désormais très bien avec Sam. Elles avaient même été très émues quand elle leur avait demandé d'être ses demoiselles d'honneur. Vardo avait été jugé et condamné à la peine capitale. Son procès avait été très éprouvant pour les deux agents, obligés de venir témoigner, mais une fois de plus ils avaient surmontés ça ensemble. Pour finir, John Mortensen avait pris sa retraite, rongé par les regrets et déçu d'avoir laissé son ambition prendre le dessus.

SAM : Je crois que c'est le plus beau jour de ma vie.
JACK (lui souriant) : Je sais. Et j'espère pouvoir faire en sorte que tous les jours de ta vie soient merveilleux.

Ils s'embrassèrent tendrement, scellant ainsi leur nouveau bonheur de jeunes mariés.


FIN
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