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Inscrit le: 12 Oct 2006 Messages: 9
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Posté le: 10 Sep 2007 14:18 Sujet du message: Fic - Sans titre pour le moment |
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Voici une fic sans titre pour le moment, elle n'est pas terminée.
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Il resta planté là devant la porte d'entrée d'un immeuble pendant au moins dix bonnes minutes avant de se décider à la pousser pour pénétrer dans un hall mal éclairé. Ses yeux peinaient à se faire à la faible clarté et son coeur battait la chamade. Comment était-il arrivé jusqu'ici sans aucun incident ? Qu'est-ce qui lui avait pris le jour où il avait décidé de prendre ce fichu rendez-vous qu'il aurait tant voulu oublier ? Et pourquoi n'avait t'il fait qu'y penser depuis ? Il trouva facilement l'ascenseur qu'il emprunta pour aller au deuxième. La voix au téléphone lui avait dit deuxième étage, première porte à droite en sortant de l'ascenseur. Il y arriva donc sans aucune difficulté particulière. Une pancarte accrochée à la porte indiquait : "Je suis en consultation, veuillez entrer et installez-vous en salle d'attente". Il était encore temps de rebrousser chemin, il pourrait dire qu'il avait trop de travail. "Oui "désolé, j'étais occupé et je n'ai pas eu le temps de vous prévenir. Un autre rendez-vous ? J'ai votre numéro, je vous rapellerai dès que mon emploi du temps me le permettra à nouveau". Et il reprendrait ses esprits et laisserait tomber cette idée stupide. Oui mais alors, pourquoi était-il là ? Parce que s'il était ici aujourd'hui, ce n'était certainement pas le fruit du pur hasard. Il entra donc dans la salle d'attente et fut soulagé de constater qu'à part lui, il n'y avait personne d'autre. Ses yeux firent le tour de la pièce pour examiner les lieux. Une fenêtre par où devaient pénétrer les rayons du soleil dès qu'il apparaissait, une table où trônait des magazines qui dataient de plusieurs mois (soyons honnêtes, plusieurs années sans doute) et dont les sujets étaient aussi divers les uns que les autres. Ils traitaient de tout, ou presque, sauf du pourquoi ils étaient ici. Ce sujet, à première vue, n'était abordé par aucun de ces foutus magazines. Plusieurs sièges invitaient à s'asseoir et à patienter quelques instants. La déco n'était certes pas d'aujourd'hui mais le tout semblait entretenu régulièrement. Ceci dit, lui, il se foutait royalement de savoir tout ça. Il se répéta intérieurement que ce n'était pas lui qui avait eu l'idée mais quelqu'un d'autre qui avait pris le dessus sur lui. Au bout d'un moment, un homme sortit du cabinet et passa devant lui sans même lui adresser un regard. Arriva alors un type d'une quarantaine d'années, costume bleu foncé, cravate assortie, chemise blanche, yeux perçants, trop sans doute, cheveux châtains clairs. Il s'approcha de lui et vient le saluer.
- Monsieur Cahill, Bobby Cahill ?
- Oui. répondit-il inaudiblement.
- Entrez, je vous en prie.
Bobby eut soudainement un sentiment d'impuissance. Pourquoi diable était-il venu ? Il savait qu'il était coincé, il ne pouvait plus faire marche arrière. A quoi cela rimerait-il d'avoir fait tout ce chemin pour rien ? Sans savoir où il en trouva l'énergie, il sentit son corps tout entier avancer droit devant lui. L'homme l'invita à s'asseoir dans un fauteuil, ce qu'il fit aussitôt sans se poser de question. Il sentit presque immmédiatement le regard de l'autre le dévisager, un regard examinateur. "Ne t'inquiète pas, ces mecs sont tous des déconnectés du cerveau, des cinglés, des hors service, presque tous aussi tarés que certains de leurs patients, pas de panique".
- Que pui-je faire pour vous Monsieur Cahill ?
Evidemment, la question qui tue ! Qu'en savait-il, lui, du pourquoi il était là ? Il pouvait inventer une histoire bidon pour voir où ça le ménerait mais c'était un risque qu'il n'avait pas la force de prendre. Aussi, autant être franc tout de suite.
- A vrai dire, je n'en ai pas la moindre idée.
- Pourquoi êtes-vous venu ?
- Ce n'est pas moi qui suis venu mais plutôt l'étranger que je suis devenu.
- Très bien, mais si vous aviez du venir, pourquoi seriez-vous venu ?
- Quelle question, je ne serai pas ici ! déclara t'il sur un ton catégorique
- Alors pourquoi l'étranger que vous êtes devenu vous a amené jusque là ?
- Pour me faire chier je suppose.
- Ce ne serait pas plutôt parce que lui sait que quelque chose ne va pas mais que vous refusez d'entendre la vérité ?
- Possible, qu'est-ce que j'en sais, je ne suis pas psy.
- Possible ? Donc vous pensez que quelque chose cloche chez vous ?
- Bon écoutez, j'aurais pu dire n'importe quoi, que mes parents sont morts, que mon frère est mort, que ma soeur est morte ou même que mon chien est mort, que le monde s'est écroulé, que la terre entière étouffe à cause du réchauffement climatique, que je me suis perdu et que je ne retrouve pas mon chemin. Mais je n'ai rien dit de tout ça parce que je ne sais foutrement pas pourquoi je suis venu. Toutes ces questions commencent à me prendre le chou.
- Bien autant être honnête dès le départ Monsieur Cahill. Mais sachez qu'il n'y a aucune honte à venir me consulter parce que votre chien (votre chat, votre lapin, votre oiseau, votre iguane, bref votre compagnon à deux ou quatre pattes, à poils, à plumes, à écailles ou autre qui vous suit partout où vous allez et que vous avez depuis un nombre incalculable d'années) vient de mourir, ce n'est pas non plus honteux de consulter parce que vos parents (vos grands-parents, vos oncles, vos tantes, vos frères ou vos soeurs, vos cousins, vos cousines et sous entendu aussi parce que ça peut aussi arriver vos enfants) sont décédés, qu'ils soient morts naturellement ou pas (que sais-je, combien y a t'il de façon de mourir ? La plus simple, la mort qui survient alors qu'on dort, il n'y a rien de plus naturel, et puis il y a les maladies, la voiture ou le camion qui n'ont pas eu le temps de freiner à temps, le coup de feu qui part sans prévenir alors qu'on nettoyait une arme, la foudre qui frappe au hasard, un couteau qui tranche une gorge, une boite de comprimé qui traine sur la table, une corde que l'on accroche, tout cela sans laisser de mot d'explication car nous sommes tous coupables). Et venir me consulter parce que l'on est perdu et que l'on ne retrouve pas son chemin est monnaie courante dans de cabinet. Pour la Terre qui étouffe à cause du réchauffement climatique, faudra en reparler, dit-il sur un ton plaisantin alors que tout le reste était fichtrement sérieux. |
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Inscrit le: 12 Oct 2006 Messages: 9
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Posté le: 12 Sep 2007 10:17 Sujet du message: Re: Fic - Sans titre pour le moment |
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Que répondre à tout cela maintenant ? Pourquoi lui, Bobby Cahill, était-il venu ? L'homme qui lui faisait face avait déjà sans doute la réponse. Avait t'il dévoilé une partie de ce qu'il n'aurait dit pour rien au monde à personne sans même s'en rendre compte ? Pourquoi ce type restait t'il muet ?
- J'aurais du me taire.
- Pourquoi ?
- Parce que vous le savez, vous, pourquoi je suis venu. J'ai lâché quelques phrases et hop, vous avez su retenir juste ce qu'il fallait. Alors, je suis ici pour quelle raison ?
- A votre avis, pourquoi mes patients viennent-ils me voir ?
- Pour se plaindre et encore se plaindre que leurs vies sont vides, noires, sans aucun intérêt, pour gueuler, pour critiquer, pour parler de ce qui se passe chez le voisin alors que ça ne les regarde pas. Ils parlent, ils parlent, il n'arrêtent pas de parler.
Il s'arrêta quelques secondes et comprit quelque chose.
- Je sais pourquoi je suis venu.
- Oui ?
- Pour parler de moi. Mais attention, d'une j'y suis poussé par cet espèce d'étranger qui me poursuit partout où je vais et de deux je n'ai absolument rien à raconter sur moi.
- Très bien Monsieur Cahill, je me présente, Docteur Thomas Cooper, psychiatre.
- Pourquoi vous faites ça ?
- Vous auriez pu arriver et me dire voilà, je suis untel, j'ai tel âge, je sais exactement quel est mon problème docteur, résolvez-le. Vous auriez pu me dire n'importe quoi, que vos parents, votre fère, votre soeur ou même votre chien sont morts, que le monde s'est écroulé, que la Terre étouffe, vous savez, à cause de ce fichu réchauffement climatique, que vous êtes perdu et que vous ne retrouvez plus votre chemin.
- Je savais bien que j'aurais du me taire.
- Je vais être honnête avec vous Monsieur Cahill, la plupart de mes patients ne savent pas pourquoi ils viennent, même quand ils croient savoir la raison de leurs tourments. Vous n'êtes pas différent d'eux ou alors à vous de me prouver le contraire.
- Mais je n'ai rien à dire sur moi.
- Vous avez plus de 30 ans, votre vie est remplie non ?
- Remplie ? J'sais pas, mouvementée, peut-être.
- Il y a donc bien quelque chose à dire, vous voyez, en cherchant un peu. Etes-vous d'accord pour que nous parlions un peu de vous ?
Pour la première fois depuis le début de la séance, Bobby leva les yeux vers son interlocuteur alors qu'il avait passé son temps à le fuir jusqu'ici.
- Je me présente, je m'appelle Danny Taylor dit-il.
- Bien Monsieur Taylor, parlons de vous. |
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maev Senior Agent


Inscrit le: 28 Avr 2007 Messages: 112 Localisation: Avec ALP A Lille ^^
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Posté le: 12 Sep 2007 14:38 Sujet du message: |
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Trop forte la fin de ce passage. Je ne m'y attendais pas du tout ! Cool. Faut une suite maintenant par contre.  |
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Inscrit le: 12 Oct 2006 Messages: 9
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Posté le: 13 Sep 2007 17:38 Sujet du message: fic |
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| Ce sera pour samedi maintenant la suite. |
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maev Senior Agent


Inscrit le: 28 Avr 2007 Messages: 112 Localisation: Avec ALP A Lille ^^
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Posté le: 14 Sep 2007 20:46 Sujet du message: |
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Ok cool alors vivement demain que je lise ça  |
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maev Senior Agent


Inscrit le: 28 Avr 2007 Messages: 112 Localisation: Avec ALP A Lille ^^
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Posté le: 16 Sep 2007 18:20 Sujet du message: |
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La Suite  |
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Inscrit le: 12 Oct 2006 Messages: 9
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Posté le: 19 Sep 2007 14:19 Sujet du message: Re: Fic - Sans titre pour le moment |
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Je n'ai pas eu le temps mais voici une petite suite en attendant le reste.
*************************************************************BUREAU DU FBI - LE JOUR MEME
Danny arriva en retard ce matin là, ce qui eu le don d'énever Jack. Ces derniers temps son comportement était analysé par tous ses collègues et il n'y échappait jamais. Pourtant rien n'était différent en lui, il était toujours le même. Alors, pourquoi étaient-ils tous là à le regarder comme s'il sortait tout droit d'un film d'épouvante ? Il n'avait pas eu le courage d'avouer à Jack le motif de son retard, d'autant qu'il se pouvait que cet incident se renouvèle. L'expèrience de ce matin n'avait pas été facile pour lui, mais il avait passé le cap. Bobby Cahill (si encore il savait où il avait été dénicher ce nom là) avait fait place à Danny Taylor, il ne voulait pas donner son nom, sans savoir pourquoi exactement. Il s'était senti mal à l'aise tout le long de la séance, les yeux de Cooper le dévisagaient sans cesse. Tout ça pour dire : "D'accord, je veux bien parler de moi, mais pas aujourd'hui". Trop, c'était trop pour lui, il n'aurait pas pu. Rendez-vous était donc pris pour un prochain entretien. Certes, il aurait probablement pu aller voir un psy du service, ou recommandé par l'un d'eux, mais il se serait senti encore plus épié, persuadé que ce qu'il pourrait dire ne serait plus aussi confidentiel que ce que c'était censé être. |
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Inscrit le: 12 Oct 2006 Messages: 9
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Posté le: 26 Sep 2007 10:44 Sujet du message: Re: Fic - Sans titre pour le moment |
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| La suite arrive prochainement, d'ailleurs si quelqu'un pouvait me dire comment faire pour poster sans être obligé de retaper entièrement mon texte, ce qui me prend un temps fou, ce serait fort sympathique. |
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K-Roll Senior Agent


Inscrit le: 27 Mai 2006 Messages: 2308 Localisation: RP (91/75)
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Posté le: 26 Sep 2007 17:04 Sujet du message: |
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Ctrl+A puis Ctrl+C dans le document original, et Ctrl+V une fois ici ! C'était ça ta question, parce qu'effectivement sinon...  _________________
JTeam4ever!  |
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theo Nouveau

Inscrit le: 12 Oct 2006 Messages: 9
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Posté le: 30 Sep 2007 10:42 Sujet du message: FIC |
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Merci beaucoup, je vais essayer.
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Pourquoi tout ça lui arrivait à lui ? Pourquoi avait-il le sentiment que quoi qu’il fasse il lui faudrait toujours payer ? De son bureau, Jack observait ses collègues. Son regard s’arrêta sur Martin, durement éprouvé par les épreuves mais qui avait su faire face et qui avait bien changé ces derniers temps, grand bien lui fasse d’ailleurs. Puis il regarda Danny, que penser de celui-ci en ce moment ? Il arrive en retard, se présente avec une mine de déterré comme s’il n’avait pas fermé l’oeil de la nuit, semble ailleurs perpétuellement. Tous ici avait remarqué ce changemen mais, fidèle à lui-même, il se bornait à leur répéter que tout allait bien. Mais personne n'était dupe. Vivian, la mère de tous ou presque, terminait un rapport, elle rayonnait et cela rassurait Jack, il savait qu’il pouvait compter sur elle. Il se leva et se dirigea vers eux.
- Allez, rentrez tous chez vous avant que je ne change d’avis.
- J’en connais une à qui ça ne va pas déplaire, hein Martin ? dit Danny.
- Va vraiment pas bien notre Danny en ce moment ! répondit Martin.
- Enfin quoi, tu vas bien la rejoindre ? dit-il.
- Qu’est ce que ça peut bien te faire ?
- Dis-nous au moins son nom.
- Demande à Jack.
- Quoi, quoi ? fit Danny interloqué.
Jack resta muet mais regarda Danny d’un air moqueur. Vrai, Danny n’avait pas changé sur ce point là, mais vrai aussi que quelque chose ne tournait pas rond. Vrai que Martin semblait avoir entamé une histoire sérieuse avec une femme qui visiblement lui faisait le plus grand bien et vrai qu'il était venu le voir pour lui en parler et lui demander conseil, bien qu’il soit mal placé pour en donner.
- Tiens, il est devenu muet ! dit Sam en direction de Danny.
Danny eut du mal à encaisser le fait que Jack en sache plus sur cette femme que lui, pourquoi Martin n’est-il pas venu le voir ? Etait-ce là la preuve que quelque chose clochait chez lui ?
- Je ne connais que son nom. Assura Jack.
- Quelle délicate attention, c’est quoi son petit nom ?
- Danny !
Vivian prit un magazine et le frappa sur la tête pour lui faire comprendre que la vie de leur collègue et ami restait dans le domaine du privé.
- Est-ce que je lui dis ? demande Jack à Martin.
Celui-ci acquiesça de la tête car peu lui importait, il allait de ce pas rejoindre celle qu’il aimait.
- Jennifer.
Danny eut un léger sourire de victoire, certes il ne connaissait que son prénom mais c’était déjà pas si mal. Maintenant, il se demandait à quoi elle ressemblait, si elle était grande ou petite, belle ou moche, bref, il se posait de nombreuses questions.
- En tout cas moi je file. A demain tout le monde. Dit Martin.
"Oui" se répéta Jack, Martin a beaucoup changé parce que désormais il a un nouveau but dans la vie, celui de se marier et de fonder une famille. Les priorités d’autrefois avaient été mises aux oubliettes le jour où il avait compris que Jennifer n’avait rien à voir avec toutes les autres femmes qui avaient fait partie de sa vie.
- Bon, je pars aussi alors, de toute façon je ne saurais rien de plus avant demain matin. Dit Danny.
- Tu ne changeras jamais ! dit Viv.
- Mais je ne veux pas qu’il change. Dit Jack une fois que Danny fut loin d’eux.
- Tu veux le materner ?
- Non, mais un autre Danny ce ne serait plus Danny, il est déjà assez à côté de ses pompes en ce moment.
- Tu as raison, est-ce que tu pars ?
- Oui.
Jack, Vivian et Sam quittèrent le bureau, conscients que demain serait un autre jour avec peut-être une nouvelle affaire de disparition à résoudre. Ce qu’ils ignoraient toujours des disparus, c’était pourquoi. Ce qu’ils savaient mieux que tout le monde, c’est que chaque personne en ce monde a au moins une bonne raison de vouloir disparaître un jour ou l’autre. Ils savaient aussi qu’ils pouvaient considérer qu’un premier groupe d’individus pouvait se composer de tous ceux qui avaient franchi le pas, souvent armés d’un courage immense pour tout plaquer du jour au lendemain. Puis il y avait tous ceux qui s’enfuyaient, contraints et forcés, pour échapper à quelqu’un ou quelque chose. Enfin, il y avait tous ceux qui ne seraient jamais partis d’eux-mêmes et qui n’auraient fui personne. Pourtant, ils seraient portés manquants. Dans quelle catégorie se situerait leur prochain disparu ?
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La nuit, son pire cauchemar depuis quelques mois. C’était toujours ce moment-là que ses démons choisissaient pour le hanter. Le restant de la journée, il était occupé au bureau, il faisait jour, les gens bougaient, vivaient... Mais lorsqu’il faisait nuit, tout était si calme, si différent. Il ne savait plus comment ni pourquoi ça avait commencé. Il se souvenait juste qu’il avait terminé une affaire, qu’il venait de boire une tasse de café avec une jeune femme rencontrée dans un supermarché, qu’il était crevé en rentrant chez lui et qu’il comptait passer une bonne nuit. Au lieu de ça, il avait surtout compté les heures. Impossible de dormir, de fermer l’oeil ne serait-ce que cinq minutes. Son esprit était pourtant serein ! Le lendemain au bureau, ses collègues avaient tous cru qu’il avait passé la nuit avec une femme et qu’il n’avait pas eu le temps de récupérer. Il pensait naïvement que crevé comme il l’était, la nuit d’après ne serait qu’une formalité. Quelle erreur de jugement de leur part. De nouveau, impossible de fermer l’oeil. C’est cette deuxième nuit blanche que ses démons intérieurs avaient choisi pour le torturer. Il avait bien essayé ces foutues pilules de merde qui le mettaient à plat, mais il se levait le matin avec l’allure d’un zombie. Petit-à-petit, sa vie avait changé, son moral en avait pris un coup et il gardait tout ça pour lui. En parler équivaudrait à révéler une partie de sa vie qu’il avait jusqu’ici toujours réussi à cacher. Tous ses collègues savaient bien, plus ou moins, que c’était un alcoolique, que son frère était un drogué, qu’il purgeait une peine de prison, tous savaient quelle enfance il avait eu et que ses parents étaient morts. Jack le savait très bien, mais était-il au courant du reste ? Cette nuit, une nouvelle à ajouter à la longue liste noire de toutes les autres. Pas question de se laisser avoir, il voulait gagner la bataille, il attendait de pied ferme. Il se sentait fort, bien plus fort que l’insomnie qui le guètait, il ne voulait pas céder au chantage que lui faisait la boite de comprimé placée devant lui. Un seul et il serait en quelques minutes dans les bras de Morphée. Fatigué, il l’était, mais il n’était pas au bord de l’épuisement. Il repensait à ce matin, au fait qu’il s’était inventé une autre identité plutôt que d’affronter lui-même directement le problème. Cooper avait-t-il compris que Bobby Cahill n’existait pas ? Il ferma les yeux quelques secondes et comprit que c’était le comprimé qui gagnerait la partie. Sa main attrapa le flacon et il avala une pilule. Au diable ces satanés souvenirs qui revenaient sans cesse, il ne pouvait rien faire de tout façon, à quoi bon lutter alors ?
LENDEMAIN MATIN – BUREAUX DU FBI
Danny arriva bon dernier, mais pas en retard. Il avait l’air fatigué mais face aux autres il ne voulait rien laisser paraître. Et pour prouver à tous que "tout allait bien", il ne cessa de questionner Martin sur sa soirée.
- Dis moi juste comment était ta soirée.
- Mieux que la tienne en tous cas Danny, ta vie ressemble à un désert, il n’y a rien, pas même un grain de sable, il faudrait que ça change !
- Ce n’est possible. Répondit-il sèchement.
- Et pourquoi ça ? lui demanda Martin.
Et là il aurait pu déballer tout son sac, lui dire que tout ceci n’était que justice, qu’au fond ce n’était que la punition qu’il méritait. Mais il lui fallut trouver autre chose.
- Demande à Jack !
- Quoi ?
Voilà que Danny venait de lui rendre la monnaie de sa pièce. Il comprit que son collègue n’avait sans doute pas eu le temps d’inventer autre chose. Comme les autres, il se demandait ce qui pouvait bien arriver à Danny.
- Oh fait, je ne t’ai pas dit mais Jennifer passera bientôt faire un petit tour.
- Ah oui, pourquoi ?
- Disons qu’elle m’a présenté à ses collègues et que je me vois dans l’obligation de faire de même. Tu connais les femmes, si je ne le fais pas elle me fera la gueule pendant 15 jours !
La façon que prit Martin pour parler de cette femme fit comprendre à Danny que celle-ci comptait vraiment pour lui. Il devait se réjouir de voir son collègue heureux, après tout Martin le serait pour lui. Non loin de là, Vivian n’avait pas perdu une miette de la conversation entre les deux hommes. Il était certain que ce pauvre Martin s’était senti obligé de présenter sa dulcinée pour ne pas voir Danny sombrer encore plus profondément dans le désert. Tout le monde ici changeait, parce qu’ils avaient beau ouvrir une nouvelle porte à chaque nouvelle affaire, ils avaient parfois un peu de mal à la refermer. Certains arrivaient à tourner la clé, d’autres se contentaient de la mettre dans le verrou et attendaient un moment plus propice pour tourner la page. Mais qui tournait la page ? Jack ? Il n’avait pas oublié Thomas, ce gamin qui ne voulait que rentrer chez lui. Danny ? Il pensait sans cesse à ce jeune homme, orphelin, dont personne ne voulait si ce n’était que par intérêt. Tous ici avaient débarqué dans le service avec leur propre histoire, et, petit à petit, celles des autres étaient venue s’ajouter aux leurs, même sans le vouloir. Comment rester insensible à certaines disparitions ? Ces personnes qui fuyaient toute leur vie d’avant et qui ne voulaient pas qu’on vienne les faire chier, ces personnes qui fuyaient tout le temps et qui étaient fatiguées de courir, fatiguées de lutter, mais qui n’avaient pas d’autres choix que de se cacher. Jack, qui jusqu’ici n’était pas encore sortit de son bureau, vint vers eux avec un air très sérieux. C’était à cette tête là qu’ils savaient qu’il allait falloir se mettre au boulot et ouvrir une nouvelle porte, sur une autre histoire, fouiller, fouiner, mettre son nez et ses yeux là où ça faisait mal parce que c’était tout simplement leur boulot !
- Au boulot tout le monde. Dit-il.
- Que se passe t’il ?
- Lucas Hawkins, 15 ans, vu pour la dernière fois hier en quittant son lycée, depuis sa famille est sans nouvelle.
- 15 ans ? Il a sûrement rencontré une copine, il rentrera quand il aura faim. Dit Danny.
- Vu ta tête, t’as dû en rencontrer une belle, toi, de copine. Lui répondit Jack.
- Que fait-on ? demanda Samantha.
- Il habite chez le frère de sa mère, je vais aller y faire un tour avec Martin et Danny. Les filles, vous restez ici le temps qu’on en sache un peu plus et après ce sera le train-train habituel.
- Très bien Jack.
Jack, Danny et Martin partirent donc chez l’oncle du disparu, Jeff Hawkins, 45 ans, marié et père de famille. Ils habitaient une jolie maison mais toute simple. Jack savait que le tonton était directeur de société tandis que sa femme Jessica travaillait dans un cabinet comptable.
- Ca a l’air d’être un coin tranquille ici.
- En apparence Danny, va donc faire un tour dans le quartier pour interroger les voisins.
Martin sonna à la porte et quelque instant après une femme élégante vint ouvrir.
- FBI, agents Malone et Fitzgerald.
- Oui, entrez messieurs, suivez-moi.
La femme les conduisit jusqu’au salon où se trouvait Jeff Hawkins, l’oncle du gamin.
- Bonjour, Jeff Hawkins, je suis l’oncle de Lucas, voici ma femme Jessica. C’est nous qui l’élevons, ma soeur Rebecca étant en perpétuel mouvement pour son emploi.
- Depuis quand n’avez-vous plus de nouvelle de lui ? demande Jack.
- Je l’ai déposé hier matin devant le lycée, c’est la dernière fois.
- Il n’y avait rien d’inhabituel au niveau de son comportement ? demanda Martin.
- Non, nous l’aurions remarqué tout de suite.
- Il habite chez vous depuis combien de temps ?
- Plusieurs années déjà, il avait 9 ans je crois quand ma soeur a eu une promotion qui hélas l’obligeait à se déplacer à travers le monde. C’est lui qui a souhaité s’installer chez nous.
- Et son père ? se hasarda Martin.
- Lui, il se souvient de son fils deux fois par an, à son anniversaire et à Noël, ce qui est mieux que rien je suppose. Il téléphone parfois et expédie des cartes. Il est marié à une femme qui ne souhaite pas vraiment se dépatouiller avec la progéniture de son mari.
- Peut-être que votre neveu souhaitait le voir ?
- Son père vit à Londres, du reste Lucas se contente fort bien des deux coups de fil par an. Il le connaît à peine et il sait très bien qu’il a abandonné sa mère alors qu’elle était enceinte.
- Où est votre soeur en ce moment ?
- En Espagne, devons-nous l’appeler ? Elle est en relation constante avec Lucas, il envoie des mails plusieurs fois par semaine, elle risque de s’inquiéter si elle n’a pas de message.
- Non, inutile de l’affoler pour le moment.
- Bien.
- Décrivez-moi un peu Lucas.
- C’est un gentil garçon, c’est vrai, nous n’avons jamais été convoqué pour quoi que ce soit, il ne fait jamais parler de lui. Bon il n’aime pas trop les études et nous devons nous contenter du peu d’effort qu’il veut bien fournir mais si vous lui parlez de musique ça il connaît sur le bout des doigts.
- D’accord, a-t-il des problèmes avec des voisins, des amis ?
- Les voisins aiment bien Lucas, sauf quand ils se plaignent de sa musique. Et à ma connaissance, il n’y a aucun souci avec qui que ce soit, mais peut-être que Leo, mon fils, en sait un peu plus.
- Je peux lui parler ? demanda Jack.
- Naturellement. Répondit Jessica.
Jack suivit la mère jusqu’à la chambre de son fils qui se trouvait au premier étage de la maison. Celle de son cousin se situait juste à côté de la sienne. Leo vint le saluer puis retourna s’asseoir, l’air nerveux. Jessica rejoignit sont mari et Martin au salon. L’adolescent, cheveux châtain, yeux marron, attendait sagement que Jack lui pose une question, mais devant le silence de celui-ci, il prit la parole.
- Allez-vous retrouver Lucas ?
- Je suis ici pour ça.
- Il ne se cache pas dans ma chambre, sinon je l’aurais déjà retrouvé vous savez.
- Ecoute, j’ai besoin d’en savoir un peu plus sur ton cousin, crois-tu pouvoir m’aider un peu ?
- Je ne sais pas, que voulez-vous savoir ?
- Est-ce que tout va bien au lycée ?
- Les études, ce n’est pas son truc.
- Et c’est quoi son truc.
- La musique, il joue de la guitare, du synthé.
- Et les filles ?
- Il y en a une qui n’arrête pas de le suivre partout où il va, au début il ne disait rien, mais ça commençait sérieusement à lui prendre la tête, impossible de faire un pas sans que cette nana le colle comme un chewing-gum.
- Tu connais son nom ?
- Sandy Hobbs, elle est dans sa classe.
- Je vois, et ses amis ?
- Le cercle est plutôt restreint, il y a beaucoup de demandes mais peu de place, j’ignore pourquoi. Jonas Kingston est son meilleur pote. Il vient parfois ici. Lucas sort rarement, il préfère rester ici. De temps en temps, il accepter de venir avec moi et mes amis, mais je vois bien que c’est plus pour me faire plaisir que pour se détendre un peu.
- Pourquoi, il a besoin de se détendre ?
- Il a l’air tendu en permanence.
- Depuis quand ?
- Je ne sais pas du tout, peut-être bien depuis toujours, mais c’est beaucoup plus flagrant ces derniers temps.
- Que pensent tes parents ?
- Rien, pour eux tout va bien, d’ailleurs Lucas ne laisse jamais rien paraître.
- Sa mère lui manque peut-être ?
- Non, pas tant que ça. Entre le téléphone, les mails, les lettres, les photos et les vacances, ça réduit les distances. Ma tante a une chance incroyable, à chaque congé scolaire elle est disponible. Soit elle vient, soit nous allons la voir, je crois qu’il ne supporterait pas de la voir tous les jours.
- Est-ce qu’il parle de son père ?
- Oui, parfois. Il téléphone rarement mais Lucas se contente de cette situation. Il m’a dit une fois que c’était toujours mieux que de ne pas avoir de père du tout.
- Quand est-il venu voir Lucas ?
- C’était avant Noël. Il était de passage. Lui et Lucas ont passé la journée ensemble. Ils ont été au ciné, au restaurant et se sont baladés un peu. Il lui a offert un cadeau, comme chaque fois qu’il vient, et bye bye.
- Qu’est-ce que c’était comme cadeau ?
- Un nouvel ordinateur portable, le sien venait juste de lâcher, ça tombait bien.
- Bon d’accord. Tu ne vois rien d’autre qui pourrait m’aider ?
- Non, mais allez voir cette Sandy, elle le suit partout.
- Merci.
Pendant ce temps, Danny écuma les rues avoisinantes à la recherche du moindre indice. Et les réponses étaient souvent les mêmes. Oui, ils avaient vu Lucas hier matin partir au lycée. Oui c’était un garçon sympathique qui ne faisait pas parler de lui mais qui adorait un peu trop la musique. Mais il était si adorable qu’il était tout de suite pardonné. Un voisin âgé lui dit ceci : "Ce môme a la tête dans les cordes de sa guitare, certes, mais les deux pieds bien collés au sol, diable qu’il est foutrement sérieux !". Pourquoi ? Le voisin lui répondit qu’il ne savait pas exactement mais pour lui Lucas était un gamin qui comprenait très bien les réalités de la vie. D’où, peut-être, son côté sérieux. Pour autant, ce n’était pas avec ça qu’il irait loin. Il rejoignit Jack et Martin chez les Hawkins et fut accueilli par la tante du garçon. Celle-ci en profita pour lui donner une photo récente de son neveu. Un visage presque encore enfantin qui souriait à l’objectif. Yeux pétillants, malicieux, déterminés.
- Il a l’air si jeune, n’est-ce pas ? dit Jessica.
- Au lieu de 15 ans, je lui en donnerai 13.
- Oui, mais même pour 15 ans il est très mûr. Est-ce que vous allez le retrouver ? Je suis si inquiète, il rentre toujours à l’heure d’habitude, ou alors il me téléphone.
- Madame, nous allons tout faire.
- D’accord. Suivez-moi, je vais vous conduire auprès de vos collègues.
Le voici maintenant en compagnie de Jack et Martin dans la chambre de l’adolescent. Les murs sont bleus, couleur qui donne un peu de clarté et de gaîté. Une guitare est posée sur le lit au lieu d’être rangée à sa place. Rien ne parait étrange, tout est au contraire normal, trop normal ?
LYCEE
La nouvelle de la disparition de Lucas avait déjà fait le tour de l’établissement, mais les cours avaient lieu normalement. Jack voulait voir au plus vite Jonas Kingston, il laissa le soin à Danny d’interroger Sandy Hobbs tandis que Martin se chargerait du reste. Au bureau, Vivian et Sam étaient déjà en plein boulot. La jeune fille qui se présenta à Danny était ravissante, belle. De beaux yeux bleus et une chevelure bouclée châtain. Elle s’habillait à la mode et semblait savoir allier le côté vestimentaire à celui du maquillage. Une jeune fille de 15 ans parfaite en somme. Bien des garçons devaient chercher à la séduire. Pourquoi la repoussait t’elle ?
- Bonjour, je m’appelle Danny Taylor, je travaille au FBI, je recherche Lucas. Dit-il machinalement.
- A-t-il été retrouvé ?
- Non pas encore, mais j’ai appris que tu passais ton temps à lui tourner autour.
- C’est vrai, j’ignore ce qu’il faut que je fasse pour qu’il comprenne que je suis attirée par lui, il me repousse sans arrêt, s’éloigne dès que je m’approche et passe à côté de moi sans même daigner me regarder. Il a même fini par me donner un surnom.
- Lequel ?
- Le poison. Mais je suis tenace vous savez, chaque fois que j’en ai l’occasion je me mets à côté de lui, j’aime bien quand il est en colère. Que voulez-vous, je crois que je l’aime cet imbécile !
Danny se demanda ce qu’une jeune fille de 15 ans pouvait bien connaître à l’amour. En tout cas, dans cette histoire, ce n’était pas réciproque !
- De toute évidence, cette attirance n’est pas réciproque.
- Oui, je le sais bien. Il me dit que je suis le poison qui envahit son atmosphère et que ça le fera mourir à petit feu. Il a osé me comparer à la fumée d’une cigarette, sans compter la fois où il a décrété que je serai la cause probable de son futur cancer quand il aura 50 ans !
- C’est pas très sympa.
- Non, en effet.
- Vous avez peut-être voulu lui donner une petite leçon ?
- Non mais ça va pas chez vous, il y a des limites que je ne franchirai jamais !
- S’il ne tient pas à vous, peut-être a-t-il une autre amie ?
- Lucas ? Certainement pas. Toutes celles qui sont passées avant moi ont subi le même sort, moi je résiste, c’est la seule différence. Il va falloir que je me fasse une raison, il doit être gay !
- Pourquoi cette hypothèse ?
- C’est la seule que j’ai en réserve.
- Bon, puisque vous allez partout où il va, vous avez certainement une idée ?
- Non, je ne sais pas, je le suis quand il est au lycée, pas en dehors, j’ai une vie à l’extérieur.
Pendant ce temps, Martin fut reçu par le proviseur. Il connaisaait surtout Lucas parce qu’il faisait parti de l’orchestre du lycée, pour le reste il n’y avait aucun problème.
- Voici son casier.
- Merci. Répondit-il.
Mais son casier était presque vide, ce n’était pas là dedans qu’il trouverait quoi que ce soit pour faire avancer l’enquête.
- Est-ce que je peux voir son prof de musique ?
- Bien entendu, suivez-moi agent Fitzgerald.
Il fut amené à la salle de musique. Il aperçut Danny en conversation avec Sandy Hobbs.
Jack, lui, de son côté, venaitt d’accueillir Jonas Kingston.
- Bonjour. Lui dit-il.
- Salut. Répondit l’adolescent.
- Où est Lucas ? dit-il franco.
- J’en sais rien moi.
- Tu es quasiment son seul ami, ne va pas me faire croire que tu ne sais rien du tout.
- Je ne sais absolument rien.
- Tu le vois tous les jours, tu as bien du t’apercevoir d’un quelconque changement d’attitude ces derniers temps ?
- Il va falloir vous mettre dans la tête que Lucas, il est légèrement à part. Ces derniers temps ça ne veut absolument rien dire, c’est tout le temps qu’il a l’air sur ses gardes, c’est son attitude quotidienne d’être "à part", et moi je n’y fais plus attention.
- Est-ce qu’il a des ennemis ?
- Non, mais deux personnes l’attendaient à la sortie du lycée, il y a une semaine.
- Raconte moi ce que tu as vu.
- Une femme l’a abordé, il a eu l’air surpris mais il semblait la connaître, ils ont parlé un moment. Il y avait aussi un homme qui était là mais il avait l’air nerveux. Puis Lucas a giflé la femme et il est parti.
- Ont-ils essayé de le rattraper ?
- Non.
- Tu peux reconnaître ces personnes ?
- Elles étaient trop loin, je sais juste que c’était un homme et une femme.
- D’accord.
Danny resta seul un moment. La fatigue le gagnait mais il devait tenir le coup. De toute façon, même s’il avait une heure devant lui, il ne fermerait pas l’oeil. Mais ce soir pas de télé, un repas léger, pas de café, uniquement des conditions idéales pour que le marchant de sable ne l’oublie pas. Car ce soir, il ne prendrait pas de comprimé, d’ailleurs le contenu de la boite diminuait et son médecin refuserait de lui en prescrire une nouvelle fois. Il n’aurait pas d’autre choix que d’en parler avec le Docteur Cooper, s’il y retournait, car il n’était pas persuadé que cette démarche lui soit vraiment utile. Qu’est-ce que ce type pourrait lui apporter ? Il restait là, pendant des heures, à écouter des inconnus débiter toute leur vie, et ça pouvait durer des années ! Mais Danny ne mettrait jamais autant de temps, en quelques mots il aurait résumé les quelques trente dernières années de son existence. Quand il n’y avait rien à dire, pas la peine de s’attarder en chemin, inutile aussi de revenir en arrière, puisque ce qui fut ne pouvait plus être ! Il respira un bon coup et rejoignit Martin dans le couloir.
- Qu’est-ce que tu foutais ? lui demanda t’il.
- Je mettais mes notes en ordre. Qu’est-ce que tu as appris ?
- Tes notes en ordre ? Tu ne fais jamais ça !
- Mais si mon vieux, mais si. Alors ?
- Rien pour ma part, mais Jonas Kingston a vu un homme et une femme qui attendaient Lucas à la sortie du lycée il y a environ une semaine.
- C’est bien ça ?
- Sauf que le gamin était trop loin et qu’il ne peut pas en faire une description.
- Merde alors, où est Jack ?
- Il appelle Vivian, nous devons interroger d’autres élèves au cas où ils auraient aperçu ces deux personnes.
- Ok.
- Tu as l’air crevé. Lança Martin.
- Pas trop. Dit-il en détournant la tête.
Il ne voulait pas que Martin insiste plus. A question simple réponse rapide, voire évasive. Inutile d’affoler le peuple parce que Danny Taylor avait des insomnies. Il n’était pas le seul dans ce cas et personne n’en faisait une maladie. Jack demanda à Vivian et Martin de rester au lycée, il préfèrait savoir Danny au bureau avec Sam.
*************************************************************
Le chemin du retour entre le lycée et le bureau parut interminable à Danny. Jack avait pris le volant sans même lui proposer de prendre sa place. Assis à côté de lui, il sentait son regard non pas droit devant vers la route mais légèrement sur le côté, vers lui, l’être étranger, l’autre, celui qu’il était devenu sans même s’en rendre compte, cet inconnu, guettant le moindre geste, la moindre parole. Mais quel geste ? Quel mot ? Que faire ou que dire ? Il savait que Jack l’aiderait mais il voulait se démerder tout seul, il ne fallait pas toujours compter sur les autres quand on était dans la merde. Parfois, il fallait s’en sortir sans aucune aide, sous peine de replonger rapidement.
- Pourquoi est-ce que tu roules comme un escargot ?
- Les voitures devant ralentissent, je ralentis donc.
- Oui mais toute à l’heure il n’y avait rien devant nous.
- Nous étions dans une zone dangereuse. Enfin Danny qu’est-ce que tu as ?
- Mais rien, c’est juste que d’habitude c’est moi qui prends le volant.
- Tu pourras reprendre le volant quand tu auras retrouvé ta tête de d’habitude. Tu risques d’avoir un accident, nous serions dans de beaux draps avec un agent en moins.
- Je trouve que j’ai plutôt une jolie petite gueule.
Mais en disant ces mots, le sourire qu’il avait alors jusqu’ici s’estompa soudainement. Il n’était plus dans la voiture à côté de Jack mais ailleurs, dans un profond souvenir, un de plus qui ressurgait, un de plus qu’il avait oublié. Son visage changea, il devint presque paralysé. Le silence s’installa donc entre les deux hommes, Danny en pleine pensée, ailleurs, mais où exactement ? Savait-il lui-même ce qui se passait quand il prenait cet aspect ? Il était là, en chair et en os, mais son esprit vagabondait à des milliers de kilomètres du lieu où il se trouvait. Pourquoi ?
- Danny, Danny ?
- Hein, quoi ?
- Nous sommes arrivés, ça fait deux minutes que j’essaie, en vain, de te ramener à la réalité.
- Désolé, j’ai du m’assoupir.
- Tu avais les yeux ouverts !
- C’est comme ça que je dors, tu ne le savais pas ?
Jack ne posa pas plus de question. Son collègue tournait toujours tout en dérision, et puis il n’avait pas que ça à faire.
DANS UNE RUE DE NEW YORK
Après avoir regardé autour de lui plusieurs fois de suite afin d’être certain que personne ne le suivait, il se décida enfin à décrocher le combiné du téléphone. Le numéro ? Impossible de l’oublier celui-là. Depuis des années, il l’avait composé à plusieurs reprises, pour diverses raisons. Aujourd’hui, il ne savait plus trop quoi faire. Il aurait voulu foutre le camp et tout laisser tomber. Mais une force extérieure l’en empêchait. C’est vrai, il avait promis. Il n’avait donc pas d’autre choix que d’appeler pour avoir de l’aide. Mais où cela allait-il le mener ? Il savait qu’à cette heure-ci son oncle et sa tante devaient se faire un sang d’encre, mais en même temps il n’avait jamais voulu les mêler à toute cette histoire. Il n’avait jamais rien dit, seule façon d’avoir un peu de tranquillité, mais il n’y avait pas souvent eu droit. Ce qu’il y a à l’intérieur, même inconsciemment, nous torture sans arrêt, tant que l’on ne trouve pas ce qui nous tracasse. Lui, il savait exactement ce qui l’empêchait parfois de trouver le sommeil, ce qui l’empêchait de profiter de ses 15 ans, ce qui l’empêchait d’avancer, de rire, de vivre normalement. Il avala sa salive et fit le numéro. Quelques secondes à peine pour que la voix lui réponde.
- Taylor à l’appareil.
- Bonjour, c’est Lucas.
- Que se passe t’il ?
- Ils m’ont retrouvé, je ne sais pas comment, mais ils savent où je suis.
- Qui ça ?
- Vous savez bien de qui je veux parler, ils m’ont retrouvé !
- D’accord, je viens te chercher, reste où tu es.
Il lui donna l’adresse d’un bar non loin de là et raccrocha. Il alla ensuite se cacher de peur qu’on ne le reconnaisse ou qu’une voiture de police ne le remarque. Il ne faisait confiance qu’à Taylor depuis des années. Il ne mettrait pas sa parole en doute, il ne lui avait jamais menti. Et puis, il devait bien le reconnaître, il avait toujours été là pour lui, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, n’importe quel jour de la semaine, pour quelques minutes ou quelques heures. C’était donc à lui qu’il préfèrait s’adresser à nouveau. Il ne pouvait pas tout comprendre mais c’était rassurant de savoir que quelqu’un était là pour le soutenir quand il en avait le plus besoin.
BUREAUX DU FBI
Sam et Danny épluchèrent les comptes de l’oncle du gamin ainsi que ceux de la mère. Il n’y avait, à priori, rien d’inhabituel. Ils venaient de recevoir la liste des appels téléphoniques du portable de Lucas. Celui-ci s’en servait uniquement pour appeler son cousin, son ami, Sandy Hobbs, son oncle ou sa tante. Quelques appels à une pizzeria, rien d’autre.
- Je ne sais vraiment pas pourquoi il a un portable ce môme !
- Pour faire comme les autres, c’est un ado Sam. Répondit Danny.
- Non mais regarde, c’est à peine s’il s’en sert. Son cercle d’amis n’est pas restreint, il est inexistant. Il n’a qu’un seul ami, il doit être si seul !
- Oui, peut-être, ça ne veut pas dire qu’il est malheureux, je crois que l’on peut parfaitement n’avoir qu’un seul ami et se sentir bien malgré tout.
- Bon d’accord, mais quand même Danny, pourquoi repousse t’il cette fille ?
- Je ne sais pas, elle est mignonne, plutôt intelligente, un peu fofolle aussi.
- Est-il gay ?
- Jack va retourner voir le cousin, il doit sûrement le savoir lui.
Sam changea brusquement de conversation.
- Ne le prend pas mal Danny mais tu as l’air si... si fatigué.
- Ca va Sam, je t’assure. C’est vrai quoi, chaque matin, dès que je débarque, tous vos yeux sont braqués sur moi, ai-je changé à ce point là ?
- Ce n’est pas ça, est-ce que tu dors, au moins ?
- Je vais bien, tu peux le dire à tout le monde, je vais bien.
"Je vais bien", il voudrait tellement que ce soit vrai. "Ca va", il n’allait tout de même pas lui dire le contraire, il aurait du tout lui expliquer, ce qu’il ne voulait pas. Mais la tête de sa collègue en le regardant droit dans les yeux lui fit prendre conscience qu’il devait vraiment se rendre au deuxième rendez-vous de Cooper, demain matin. Dans son bureau, Jack tenta de regrouper toutes les informations. Il voulait savoir qui étaient ces deux personnes qui attendaient Lucas à la sortie du lycée. Son père biologique et la femme de celui-ci ? Pourquoi pas, après tout, il n’était jamais trop tard pour réaliser qu’on a la fibre paternelle. Mais celui-ci aurait probablement employé une autre méthode avec son fils. Il espèrait qu’un autre élève aurait assisté à la scène pour avoir une description correcte. Pourquoi ce gamin avait l’air inquiet en permanence ? Pourquoi était-il tendu ? Pourquoi préfèrait-il rester cloîtré dans sa chambre plutôt que de sortir avec son cousin ? Avait-il peur de quelqu’un à l’extérieur ? Pourquoi la musique semblait-elle être son échappatoire au monde extérieur ? Etait-il homosexuel comme le prétendait Sandy ? Autant de questions encore sans réponse pour le moment alors que la journée avançait.
LYCEE
- Bonjour Mademoiselle, agent Johnson, j’aimerais vous poser quelques questions.
- A propos de Lucas ?
- Oui, vous le connaissez bien ?
- Oui, un peu, en plus d’être en classe avec moi j’habite juste à côté de chez lui.
- Il y a une semaine environ, un homme et une femme l’ont abordé à la sortie. Est-ce que vous auriez vu quelque chose ?
- Ah oui, c’est vrai. Il marchait tranquillement quand la femme est venue vers lui, c’est comme s’il avait vu un fantôme, ils sont restés là un bout de temps, mais l’homme avait l’air nerveux. Lucas a voulu partir mais la femme le retenait et d’un coup il lui a flanqué une sacrée gifle. Après, il a fini par s’en aller et les deux autres ont fait la même chose.
- Tu as vu leurs visages ?
- Oui.
- D’accord, une autre question, il y a une rumeur qui circule sur le compte de Lucas et...
- Je vous arrête de suite ! C’est tout Sandy de faire l’intéressante ! Il ne veut pas d’elle, alors elle invente n’importe quoi ! Croyez-moi, Lucas n’est pas homo.
- Vous avez l’air certaine de vous, dites-moi.
- Catégorique plutôt !
- Pourquoi ça ?
- Mais ici tout le monde sait très bien que Lucas sort avec Lana Bower. Sandy Hobbs aussi.
- C’est une fille de votre classe ?
- Non, Lana est un peu plus vieille.
- C’est-à-dire ?
- Genre 18 ans, elle est en dernière année. Elle n’est pas là aujourd’hui, enfin je crois.
- Je vais avoir besoin de votre aide pour établir les portraits de ces personnes.
- Si ça peut aider, d’accord.
De son côté, Martin n’eut que quelques informations peu exploitables. Certains avaient vu la scène mais de trop loin, d’autres étaient là mais ne se souvenaient de rien. Finalement, la fille des voisins tombait à pic. Ils savaient désormais que Sandy en savait bien plus qu’elle ne voulait le dire et qu’elle était vraiment prête à tout pour que Lucas vienne jusqu’à elle.
- Bien, Karen va venir avec nous. Lana Bower n’a pas cours aujourd’hui mais j’ai pu obtenir son adresse et son téléphone.
- Très bien Vivian, je préviens Jack qu’on arrive.
UNE RUE DE NEW YORK
La voiture s’immobilisa près du bar et un homme descendit. Au loin, Lucas l’observa. Plusieurs années déjà qu’il connaissait Taylor. Toujours la même coupe de cheveux, le même genre de costume, la même chemise. Pourtant, l’homme avait changé. Il l’avait connu marié à une femme qu’il aimait profondément, il le connaissait maintenant veuf, les traits de son visage tirés, probablement le résultat de nuits agitées. Il avait connu un homme heureux, il le voyait aujourd’hui tourmenté, mais mieux cependant que pendant un temps. La douleur était encore présente mais elle s’estompait un peu. Il essayait de tourner la page. Lucas se dit que peut-être aujourd’hui, finalement, ce n’était pas forcément lui qui avait le plus besoin d’aide. Il pouvait compter sur Taylor mais sur qui Taylor pouvait-il compter ? Qui l’aidait ? Qui lui apportait un soutien quand il en avait le plus besoin ? |
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maev Senior Agent


Inscrit le: 28 Avr 2007 Messages: 112 Localisation: Avec ALP A Lille ^^
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Posté le: 06 Oct 2007 21:06 Sujet du message: |
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Super, vas-y continue ! J'aime bien l'histoire autour de Danny.  |
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theo Nouveau

Inscrit le: 12 Oct 2006 Messages: 9
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Posté le: 10 Oct 2007 11:02 Sujet du message: fic |
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BUREAUX DU FBI
Sam et Danny épluchèrent les comptes de l’oncle du gamin ainsi que ceux de la mère. Il n’y avait, à priori, rien d’inhabituel. Ils venaient de recevoir la liste des appels téléphoniques du portable de Lucas. Celui-ci s’en servait uniquement pour appeler son cousin, son ami, Sandy Hobbs, son oncle ou sa tante. Quelques appels à une pizzeria, rien d’autre.
- Je ne sais vraiment pas pourquoi il a un portable ce môme !
- Pour faire comme les autres, c’est un ado Sam. Répondit Danny.
- Non mais regarde, c’est à peine s’il s’en sert. Son cercle d’amis n’est pas restreint, il est inexistant. Il n’a qu’un seul ami, il doit être si seul !
- Oui, peut-être, ça ne veut pas dire qu’il est malheureux, je crois que l’on peut parfaitement n’avoir qu’un seul ami et se sentir bien malgré tout.
- Bon d’accord, mais quand même Danny, pourquoi repousse t’il cette fille ?
- Je ne sais pas, elle est mignonne, plutôt intelligente, un peu fofolle aussi.
- Est-il gay ?
- Jack va retourner voir le cousin, il doit sûrement le savoir lui.
Sam changea brusquement de conversation.
- Ne le prend pas mal Danny mais tu as l’air si... si fatigué.
- Ca va Sam, je t’assure. C’est vrai quoi, chaque matin, dès que je débarque, tous vos yeux sont braqués sur moi, ai-je changé à ce point là ?
- Ce n’est pas ça, est-ce que tu dors, au moins ?
- Je vais bien, tu peux le dire à tout le monde, je vais bien.
"Je vais bien", il voudrait tellement que ce soit vrai. "Ca va", il n’allait tout de même pas lui dire le contraire, il aurait du tout lui expliquer, ce qu’il ne voulait pas. Mais la tête de sa collègue en le regardant droit dans les yeux lui avait fait prendre conscience qu’il devait vraiment se rendre au deuxième rendez-vous de Cooper, demain matin. Dans son bureau, Jack tentait de regrouper toutes les informations. Il voulait savoir qui étaient ces deux personnes qui attendaient Lucas à la sortie du lycée. Son père biologique et la femme de celui-ci ? Pourquoi pas, après tout, il n’était jamais trop tard pour réaliser qu’on avait la fibre paternelle. Mais celui-ci aurait probablement employé une autre méthode avec son fils. Il espèrait qu’un autre élève aurait assisté à la scène pour avoir une description correcte. Pourquoi ce gamin avait l’air inquiet en permanence ? Pourquoi était-il tendu ? Pourquoi préfèrait t’il rester cloîtré dans sa chambre plutôt que de sortir avec son cousin ? Avait-il peur de quelqu’un à l’extérieur ? Pourquoi la musique semblait-elle être son échappatoire au monde extérieur ? Etait-il homosexuel comme le prétendait Sandy ? Autant de questions encore sans réponse pour le moment alors que la journée avancait.
LYCEE
- Bonjour Mademoiselle, agent Johnson, j’aimerais vous poser quelques questions.
- A propos de Lucas ?
- Oui, vous le connaissez bien ?
- Oui, un peu, en plus d’être en classe avec moi, j’habite juste à côté de chez lui.
- Il y a une semaine environ, un homme et une femme l’ont abordé à la sortie ; est-ce que vous auriez vu quelque chose ?
- Ah oui, c’est vrai. Il marchait tranquillement quand la femme est venue vers lui, c’est comme s’il avait vu un fantôme, ils sont restés là un bout de temps, mais l’homme avait l’air nerveux. Lucas a voulu partir, mais la femme le retenait et d’un coup, il lui a flanqué une sacrée gifle. Après, il a fini par s’en aller et les deux autres ont fait la même chose.
- Tu as vu leurs visages ?
- Oui.
- D’accord, une autre question, il y a une rumeur qui circule sur le compte de Lucas et...
- Je vous arrête de suite ! C’est tout Sandy de faire l’intéressante ! Il ne veut pas d’elle, alors elle invente n’importe quoi ! Croyez-moi, Lucas n’est pas homo.
- Vous avez l’air certaine de vous, dite-moi.
- Catégorique plutôt !
- Pourquoi ça ?
- Mais ici, tout le monde sait très bien que Lucas sort avec Lana Bower. Sandy Hobbs aussi.
- C’est une fille de votre classe ?
- Non, Lana est un peu plus vieille.
- C’est-à-dire ?
- Genre 18 ans, elle est en dernière année. Elle n’est pas là aujourd’hui, enfin je crois.
- Je vais avoir besoin de votre aide pour établir les portraits de ces personnes.
- Si ça peut aider, d’accord.
De son côté, Martin n’eut que quelques informations peu exploitables. Certains avaient vu la scène mais de trop loin, d’autres étaient là mais ne se souvenaient de rien. Finalement, la fille des voisins tombait à pic. Ils savaient désormais que Sandy en savait bien plus qu’elle ne voulait en dire et qu’elle était vraiment prête à tout pour que Lucas vienne jusqu’à elle.
- Bien, Karen va venir avec nous. Lana Bower n’a pas cours aujourd’hui mais j’ai pu obtenir son adresse et son téléphone.
- Très bien Vivian, je préviens Jack qu’on arrive.
UNE RUE DE NEW-YORK
La voiture s’immobilisa près du bar et un homme descendit. Au loin, Lucas l’observa. Plusieurs années déjà qu’il connaissait Taylor. Toujours la même coupe de cheveux, le même genre de costume, la même chemise. Pourtant, l’homme avait changé. Il l’avait connu marié à une femme qu’il aimait profondément, il le connaissait maintenant veuf, les traits de son visage tirés, probablement le résultat de nuits agitées. Il avait connu un homme heureux, il le voyait aujourd’hui tourmenté, mais mieux cependant que pendant un temps. La douleur était encore présente, mais elle s’estompait un peu. Il essayait de tourner la page. Lucas se dit que peut-être aujourd’hui, finalement, ce n’était pas forcément lui qui avait le plus besoin d’aide. Il pouvait compter sur Taylor mais sur qui Taylor pouvait-il compter ? Qui l’aidait ? Qui lui apportait un soutien quand il en avait le plus besoin ? Il sortit de sa cachette et avança vers celui qu’il considèrait comme un ami.
- Salut.
- Ah Lucas, tu es là.
La poignée de main était chaleureuse et amicale. Taylor sourit comme pour le réconforter.
- La police me cherche je crois.
- La police ? Le FBI, tu veux dire ! Allez, monte, il vaut mieux ne pas rester trop longtemps ici.
- D’accord.
- Nous discuterons de tout ça au bureau, en toute tranquillité.
- Parce que ça existe vraiment la tranquillité ?
- Bien sûr, elle existe toujours où que nous allions et quoi que nous fassions. Ma femme me disait souvent cela. Elle avait raison, elle avait toujours raison.
- Admettons, mais je n’en suis pas certain.
- Ca faisait un bon moment que je n’avais pas eu de tes nouvelles.
Lucas haussa les épaules et détourna la tête. Il n’avait aucune raison valable pour appeler. Pas le moindre petit souvenir, le néant en permanence.
- Rien n’a avancé. Dit-il simplement
- Tu as toujours fais de ton mieux, n’oublies pas ça.
- C’est trop tard de toute façon.
- Il ne sera jamais trop tard, jamais !
- J’ai faim.
- OK, on mangera un morceau.
- Vous faisiez quoi juste avant que j’appelle ?
- J’étais en charmante compagnie.
- Oh, vraiment ?
- Mais oui.
*************************************************************
Martin et Vivian ramenèrent donc Karen afin qu’elle puisse décrire les deux personnes qui attendaient Lucas à la sortie du lycée.
- Alors ? demanda Jack
- Elle assure à 100 % que Lucas n’est pas homosexuel. Dit Vivian.
- Il semblerait que notre disparu préfèrait les filles plus matures, disons au moins 18 ans. Continua Martin.
- Ah oui ?
- Il parait que tout le lycée sait qu’il fréquente Lana Boer, une élève de terminale.
- Oui, je m’en doute. Attendons de voir ce que donne les portraits.
Jack, Vivian, Sam, Danny et Martin étaient tous réunis ensemble. La petite voix intérieure de Jack lui disait : "Mais qu’est-ce que tu croyais ? Que c’était une simple histoire de fugue et que l’affaire allait être bouclée en moins de deux ? Crois-moi, mon vieux, cette histoire là est bien plus compliquée qu’il n’y parait, en tout cas bien plus qu’une simple affaire de fille". Celle de Vivian était plus calme et plus douce aussi : "Qui est ce gamin au juste ? Un étranger dans sa propre famille ? Oh, pas d’inquiétude, comme d’habitude, le pourquoi du comment sera démêlé". La voix de Danny était plus sombre, plus critique : "Y'en a marre de ces gamins qui disparaissent sur un coup de tête et qui mobilisent plusieurs personnes rien que pour les retrouver. Ca coûte du temps et de l’argent aux contribuables, tout ça parce que ces crétins veulent simplement se payer du bon temps. Y en a vraiment marre, marre, marre, marre des ces sales gosses qui se prennent pour des enfants rois". Martin, lui, ne pensait même pas à cette affaire : "Je me demande à quoi pense Danny, il a ce drôle d’air de quelqu’un qui pense, ce regard fixe droit devant lui, immobile, pourquoi ne vient-il pas me parler ?". Et puis finalement, celle de Jack se faisait plus rassurante : "Allez, en s’y mettant tous le gamin sera retrouvé et avec un peu de chance tout s’arrangera pour le mieux dans le meilleur des mondes". Alors que celle de Danny continuait sur sa lancée : "Le meilleur des mondes. Où ça ? Pour qui ? Je me serais bien passé de bosser sur cette foutue histoire, j’ai autre chose à faire ! Ah oui, et quoi donc ? Et quoi donc de si urgent ?" Son esprit tout entier se crispa – il y avait urgence à découvrir ce qui se cachait dans ma tête, ce qui s’y passait et qu'il ne comprenait pas. "Tu ne vas quand même pas tout raconter à ce déconnecté du cerveau ?" lui demanda la voix. "Non, bien entendu, je ne veux pas qu’il croit que je suis comme tous les autres, complètement fou, et même pire encore !". Les deux portraits finis, Karen fut ramenée chez elle.
- Il faut montrer ces portraits aux jeunes du lycée. Moi, je file voir Léo chez lui. Sam, essaie de voir si Lucas n’a pas un autre portable, Danny va voir l’informaticien et dis lui de bouger ses fesses. Martin, est-ce que tu pourrais avoir des renseignements sur le passé de ce gamin ? Son oncle m’a dit qu’il habitait à Miami.
- D’accord, je vais demander de l’aide à Vivian.
Jack se demanda pourquoi Lucas avait voulu venir vivre à New York alors que de toute évidence ça ne lui plaisait pas plus que ça. Sa mère aurait bien trouvé le moyen de le mettre en pension plutôt que de lui faire traverser le pays rien que pour être avec son frère et sa belle-soeur. Y avait-il une raison pour que cette famille quitte Miami brusquement ? Est-ce que la disparition du gamin avait un lien quelconque avec leur passé ?
CHEZ JEFF ET JESSICA HAWKINS
- Excusez-moi de revenir, mais j’ai encore quelques questions à vous poser.
- Ne vous excusez pas, entrez. Ma femme et moi n’avons pas bougé. On attend que le téléphone sonne, c’est stupide n’est-ce pas ?
- Pourquoi pensez-vous cela ?
- Parce que vous êtes là à nous regarder comme des pauvres cloches près d’un téléphone qui ne sonnera pas, semble t’il.
- Je ne pense pas ça du tout. Vous avez dis que Lucas avait l’habitude de vous prévenir alors ce n’est pas du tout stupide. Il a peut-être son portable sur lui, mais il doit être éteint car nous n’arrivons pas à le localiser.
- Est-ce que vous avancez dans votre enquête ?
- Un peu. Est-ce que votre neveu avait l’impression d’être suivi dernièrement ?
- Mais il n’a rien dit de tel. Pourquoi, quelqu’un suivait mon neveu ?
- Probablement. Voici d’ailleurs deux portraits.
- Qui sont ces gens ?
- Ils ne vous disent rien ?
- Non, désolé.
- Et vous Madame ?
- Non plus. Mais tout cela me fait peur. J’ai l’impression que Lucas nous cachait quelque chose.
- Est-ce que votre fils est ici ?
- Oui, dans sa chambre, il n’a pas voulu aller au lycée.
Jack alla donc le voir, seul, pour que ses parents ne sachent rien de leur conversation.
- Pourquoi ne m’as-tu pas dit que Lucas avait une petite amie ?
- J’y ai pas pensé sur le coup.
- Elle a 18 ans et ton cousin 15.
- Et alors ? C’est une fille plutôt canon, sympathique également. Honnêtement, vous croyez quoi ?
- Je crois qu’elle s’est peut-être servie de lui et parfois ça peut faire mal quand on découvre la vérité.
- Il ne me parle jamais d’elle. J’ai probablement été le dernier à apprendre qu’il fréquentait Lana. J’ai bien essayé de savoir s’il s’était passé quelque chose entre eux, mais il me répétait sans arrêt que ça ne me regardait pas. J’étais un peu inquiet, je l’avoue, mais il avait l’air d’aller, il ne passait pas tout son temps avec elle. Je ne crois pas, au fond, qu’ils aient eu des relations sexuelles. C’est une bonne copine, c’est juste mon impression.
- Qu’as-tu oublié de me dire encore ?
- Mais rien, je vous assure. J’avais zappé Lana, c’est tout.
- Tu crois que sa disparition n’a rien à voir avec elle, hein ?
- Je ne sais plus trop quoi penser. C’est vrai, il habite ici depuis ses 8 ans, on a joué ensemble, grandi ensemble, on a regardé des films, des tas d’émissions ensemble et finalement je me rends compte que c’est presque un inconnu. Qu’est-ce que je sais de lui au juste ? Rien. Il sort avec une fille et je l’ai su en dernier, j’ignore qui sont ses amis en dehors de Jonas. Vous voyez, personne ne me voudrait comme cousin. Je suis vraiment trop nul. Peut-être que si j’avais été un peu moins con, vous ne seriez pas là parce qu’il n’aurait pas disparu.
- Si ton cousin t’entendait, alors il serait sûrement heureux de savoir que tu t’inquiètes pour lui.
- C’est normal non ? Il n’a pratiquement jamais quitté cette maison depuis qu’il est là, sauf pour les vacances. Je vis avec lui tous les jours, et même s’il a son jardin secret, c’est presque comme...
- Comme quoi ?
- Comme un frère.
- D’accord, mais entre frères il y a des frictions, des tensions.
- Une fois, je lui ai dis que pour moi, il était bien plus que mon cousin. Il a sourit et il m’a demandé de rester ce que la nature avec fait de moi envers lui, un cousin et rien qu’un cousin. Vous qui êtes si futé, vous savez pourquoi ?
- Non, mais si tu te souviens de quelque chose, tu m’appelles.
- Oui.
BUREAUX DU FBI
Danny demanda au technicien d’activer le pas, ce que celui-ci fit aussitôt. Mais il n’y avait rien du tout qui puisse expliquer sa soudaine disparition. Des tas de dossiers, chacun portant le nom d’un pays différent qu’il avait visité, sa mère, son oncle et sa tante, son cousin. Il allait rarement sur internet, sauf pour quelques devoirs. Certains dossiers étaient des partitions de musique, rien de plus. Occupé à relire quelques notes, Danny entendit soudainement une voix lointaine, comme surgit du passé, un passé enfoui, oublié. Et cette voix, le tétanisa. Depuis combien de temps ne l’avait-il pas entendu ? Pourquoi venait-elle le hanter, maintenant, sur son lieu de travail ? Et puis pourquoi n’était-il pas fichu de se souvenir à qui appartenait cette voix ? Il le savait pourtant, il savait qu’elle lui était familière, il savait que c’était important mais donnerait tout, en cet instant, pour qu’elle disparaisse.
- Danny ? Danny ?
- Euh oui Jack ?
- Vivian a besoin de toi. Je vais avec Martin chez cette Lana Bower.
- Très bien.
L’après-midi était déjà bien avancé. D’après les témoignages recueillis, Lucas aurait été à son cours de guitare hier soir et serait reparti en même temps que les autres. C’est après que sa trace se perdait. Ils ne savaient pas où il avait pu se rendre, ce qu’il avait pu faire ou ce qui avait pu lui arriver.
APPARTEMENT DE LANA BOWER
- Lana Bower ?
- Oui, qui êtes-vous ?
- FBI. Nous sommes à la recherche de Lucas Hawkins.
- Lucas a disparu ?
- Oui, pouvons-nous entrer ?
- Allez-y. Pourquoi dites-vous que Lucas a disparu ?
- Sa famille n’a eu aucune nouvelle depuis hier matin.
- Mais il est passé ici hier soir.
- Vers quelle heure ?
- 7 heures à peu près. Je joue du violon et il m’accompagne au piano.
- Combien de temps est-il resté ?
- Une trentaine de minutes, il commençait à se faire tard, il devait rentrer.
- Est-ce qu’il avait l’air d’avoir des ennuis ?
- Non, rien de tout ça.
- Certains de ces camarades pensent que vous entretenez une liaison.
- Ce ne m’étonne pas du tout. J’ai 18 ans, un petit ami de 20 et ma passion c’est mon violon. Il n’y a jamais rien eu entre moi et Lucas. Je l’ai entendu jouer, je lui ai demandé s’il pouvait m’accompagner au piano, ça ne va pas plus loin. Enfin, je n’ai pas envie d’avoir des problèmes, j’ai ma vie, il a la sienne.
- Et votre petit ami, il en pense quoi ?
- Que voulez-vous que Ricky pense ? Il connaît mon goût pour cet instrument, il a déjà vu Lucas à plusieurs reprises ici, il sait que ce n’est qu’un ami.
- Où pouvons-nous joindre Ricky ?
- Chez lui je suppose, voici son numéro et son adresse, mais il n’a rien à voir avec le fait que Lucas ait disparu.
QUELQUE PART A NEW-YORK
- Tiens, voilà un repas bien de chez nous.
- Les autres ne sont pas là ?
- Les autres sont occupés.
- Qu’est-ce que je vais faire maintenant que je suis ici ?
- Je vais en premier lieu essayer de retrouver ceux qui te suivent. Je vais demander de vérifier partout.
- Et puis après ?
- Je croyais que tu avais faim ?
- Plus trop, alors après ?
- On fera en sorte qu’ils ne puissent plus venir à New York.
- Vous allez faire quoi ? Les enchaîner ? Les mettre en prison, hein, vous allez faire quoi ?
- Lucas, je vais faire ce que je peux pour que tu puisses retourner chez ton oncle.
- Et je lui dirai que j’étais parti voir ailleurs si j’y étais, que je suis navré des ennuis que j’ai pu lui causer et promis, juré, je ne recommencerais plus jamais, oh puis non zut, je ne peux rien promettre !
- Lucas, arrête, arrête. Qu’est-ce qui ne va pas ?
- Je suis fatigué je crois. Je n’ai franchement plus faim, je voudrais me reposer.
- Je vais te montrer en endroit tranquille, viens avec moi.
Taylor l’emmena jusqu’à une pièce faite de baies vitrées où un canapé ferait très bien l’affaire pour le moment. Il le laissa s’allonger et partit.
- Alors, comment va-t-il ?
- Difficile à dire, sur les nerfs, mais qui ne le serait pas à sa place ?
- Je vais garder un oeil sur lui.
- Merci. Faite en sorte de ne pas le laisser seul, il pourrait disparaître en un rien de temps.
- Qu’allez vous faire ?
- La première priorité, c’est d’empêcher qui vous savez de venir continuellement le harceler. Il risque de se braquer et après ce sera fini, il ne se souviendra jamais. Il n’arrêtait pas de me dire que de tout façon c’était trop tard.
- Il commence à s’impatienter.
- Bon, gardez un oeil sur lui, je vais tâcher de faire vite.
BUREAUX DU FBI
Jack ne réussit pas à contacter l’ami de Lana Bower. Une patrouille de police était passée à son domicile mais pour le moment, il n’y était pas.
- Jack ?
- Oui Danny ?
- Il n’y a rien qui puisse nous aider. Il n’y a que des photos ou des partitions de musique sur son PC. C’est le vide total en somme. C’est à peine s’il allait sur internet.
- Est-ce que Martin a des nouvelles de Miami ?
- Non, pas encore. A mon avis, ce ne sera pas pour demain à l’allure où ça va.
- Le pire c’est que pour le moment, on ne peut rien faire de plus. On devrait en profiter pour se reposer un peu.
- Non, on devrait en profiter pour tout revérifier. On est peut-être passé à côté d’un indice sans même le savoir.
- On ne saura rien de plus parce que ce gamin a toujours fait en sorte de passer inaperçu. Il devait probablement se servir d’un autre téléphone que le sien, d’un autre PC que le sien. Ce gamin s’est toujours caché et je parie que les deux personnes lui ont foutu une trouille telle qu’il préfère se terrer dans un coin.
- Mais pourquoi se cache t’il ?
- Tant que nous ne le saurons pas, on aura un mal fou à savoir où il a pu se réfugier.
- Il n’a que 15 ans, ce n’est quand même pas un criminel !
- Reposons-nous un peu Danny, ce sera plus clair après.
- D’accord Jack.
- Dis à Vivian qu’elle peut rentrer chez elle pour être avec son mari. Elle reviendra demain.
- Espérons que Ricky revienne chez lui.
QUELQUE PART A NEW-YORK
Lucas ne trouva pas vraiment le sommeil. En dehors de son lit, rien ne lui semblait confortable. Il sentait qu’on l’observait, qu’on attendait quelque chose de lui, mais quoi ? Il avait choisi de venir ici parce qu’il s’y était toujours bien senti, mais aujourd’hui c’est différent. Taylor avait beau lui dire et lui redire qu’il ne baisserait jamais les bras, le temps passait, les années aussi. Tout ce qu'il voyait c’est que toute cette fichue histoire ne mènait nulle part et que tout ce temps perdu ne serait jamais rattrapé. Et puis, qu’est-ce qui changerait ? Rien du tout. Pour lui, comme pour tous les autres. Peut-être même plus pour les autres que pour lui. On continuerait de le poursuivre, de le harceler, parce qu’il fallait toujours s’en prendre à quelqu’un.
- Bonsoir, tu t’es reposé ?
- Non, où est Taylor ?
- Il devait s’occuper de certaines choses. Il ne devrait plus tarder maintenant.
- Arrêtez de me parler comme si j’avais 8 ans. "Il devait s’occuper de certaines choses", ce message décodé je sais très bien ce que ça donne. J’ai 15 ans, j’ai grandi, je vous connais depuis des années, je lis presque dans vos pensées.
- D’accord Lucas, excuse moi. Tu as le droit d’être en colère.
- Mais je ne suis pas en colère ! lui lança t’il.
- Alors pourquoi est-ce que tu hausses la voix de cette façon ? lui demanda Taylor arrivé entre temps.
Mais Lucas ne répondit pas. Cette colère qui avait jaillit ne leur était pas destinée. C’était lui le fautif, le coupable, s’il avait été un bon petit garçon sage et obéissant dès le début, il ne serait pas ici aujourd’hui. Il n’avait jamais su pourquoi ses souvenirs lui faisaient défaut, pourquoi il n’arrivait pas à se souvenir alors que tout le monde attendait de lui qu’il se souvienne, et de tout ! Chaque fois qu’un regard se posait sur lui, ça signifiait "Alors, cette fois c’est la bonne ?", mais ça n’avait jamais été la bonne, juste des flashs, tout au plus, quelques paroles. Rien en tout cas qui puisse permettre de stopper définitivement ce cauchemar qui paraissait sans fin. Vivre et revivre des milliers de fois un même instant comme si on pouvait encore y changer quelque chose. Condamné à vie en quelque sorte, tout en étant non coupable.
- Merci d’être restée, je vais prendre le relais.
- De rien.
- Viens dans mon bureau, je dois te parler.
- Sérieusement ou comme à un gamin de 10 ans ?
- Regarde moi bien Lucas, droit dans les yeux, je ne t’ai jamais menti, je ne t’ai jamais parlé comme à un gamin de 10 ans.
- Je n’ai jamais dis que vous m’aviez menti. Je veux juste qu’on arrête de me parler comme si j’avais encore 10 ans, c’est tout.
- Viens dans mon bureau.
Pour lui dire quoi ? Pour faire quoi ? Qu’est-ce qui changerait après par rapport à maintenant ? La réponse était déjà toute trouvée : rien. Toujours et encore rien. Parce qu’on ne pouvait pas en vouloir à des gens qui ne demandaient qu’à savoir. Mais ils ignoraient que lui aussi donnerait tout ce qu’il possèdait pour que sa mémoire se réveille. Qu’est-ce qui était le plus dur ? Savoir que l’on sait quelque chose mais que sa mémoire refuse de l’admettre ou ne pas savoir que l’on sait quelque chose et le découvrir tout à coup au détour d’une conversation ? Le bureau de Mac Taylor ! Identique a ce qu’il avait toujours été, à un ou deux détails près. La photo de sa femme, elle au moins, n’avait pas changé malgré les années. Elle était là, elle le surveillait, le protègeait-elle ?
- Bon, tout a été mis en oeuvre pour les retrouver. S’ils partent, que ce soit en avion, en train, en voiture ou par tout autre moyen, ils seront arrêtés. Maintenant, je vais être honnête avec toi, mis à part un sermon dont ils n’auront que faire, on ne peut pas vraiment...
- Leur en vouloir, parce que si j’étais à leur place, je ferai pareil qu’eux, j’ai compris.
- On leur expliquera en détail, on leur demandera de ne plus venir ici.
- Faudra être convainquant.
- Ouais.
Encore une fois, Lucas se demanda si Taylor n’était pas celui qui des deux avait le plus besoin d’aide.
- Est-ce que vous avez encore son air ?
- Quoi ? fit Taylor choqué par cette question directe
- L’air de votre femme, dans la bouée.
- Non, plus maintenant. Parlons d’autre chose, d’accord ?
- Pourquoi ?
- Parce que nous ne sommes pas ici pour ma femme.
- Elle vous manque ?
- Lucas ! Tu connais la réponse.
- Chaque fois que je viens ici, on me pose des questions stupides et on me demande d’y répondre. Pourquoi est-ce que ce serait différent pour vous ?
- Ca ne l’est pas, en effet. Mais encore une fois, nous ne sommes pas ici pour ma femme.
- Je n’y ai jamais répondu à toutes ces questions merdiques.
- A ta place, je n’aurais probablement pas répondu non plus.
Lucas essaya d’imaginer ce que l’on pouvait ressentir lorsqu’on perdait la femme avec qui on croyait faire toute sa vie. Le monde s’écroulait, probablement. Le ciel nous tombait sur la tête, on en voulait forcément à tous ces gens dans la rue qui souriait et qui ne savaient pas (mais qui sauraient peut-être un jour) que c’était si difficile. Et sa voix intérieure lui dit : "Lucas, arrête donc de ne penser qu’à toi-même. Ca fait des années que ce mec rapplique chaque fois que tu décroches le téléphone, chaque fois que tu en as besoin, même quand ce n’était pas forcément le bon moment pour lui. Pour le remercier, tu lui gueules dessus et tu lui parles de sa femme alors que tu ne t’es jamais posé la moindre question sur elle". "Mais aujourd’hui je comprends, je suis prêt". "Excuse toi alors".
- Mac ? dit-il d’une voix douce.
- Oui ?
- Je suis désolé, je ne voulais pas vous ennuyer au sujet de votre femme. Et je ne suis en colère ni contre vous ni contre vos collègues, je ne leur en veux pas non plus, à eux, parce qu’ils ne veulent que savoir. Mais tout ça dure depuis tellement d’années que je me demande si ça sert encore d’insister. Vous ne croyez pas que, si j’avais du me souvenir de tout, il y a longtemps que ça aurait dû se produire ? Contrairement à vous, je vois la réalité en face, je ne me souviens que de paroles, de bruits, de couleurs. L’ombre continue de courir et moi j’en ai assez de voir vos yeux braqués sur moi, en espérant en vain que ces souvenirs de merde veuillent bien se donner la peine de ressurgir. Je lis toujours l’échec dans vos yeux et ça me fatigue, je ne veux plus, je n’en peux plus.
- Pourquoi n’avoir jamais rien dit avant ?
- Mais parce que je me suis toujours convaincu que ça finirait par revenir, après tout, il n’y a aucune raison à cette absence, je me souviens d’avant, d’après et pas de pendant ! Je voyais bien à vos têtes que vous étiez déçus, mais je l’étais encore plus que vous. J’ai fais une promesse et je ne peux plus la tenir.
- D’accord, je vais en parler parce qu’il n’y a pas que moi dans cette histoire. Il faut aussi éloigner le FBI de toi. Depuis ton évaporation dans la nature, tu es activement recherché.
- Tout le monde me court après comme si j’étais l’unique détenteur d’une clé qui permettrait enfin de connaître la vérité sur le secret de la vie. Non mais vous imaginez ça ? Détenir un secret pareil ! Pourquoi sommes-nous ici sur Terre, quel est le but de l’existence. Il ne faudrait qu’une simple clé pour le savoir !
Jamais il n’avait parlé ainsi. Il s’était toujours contenté de dire que ça allait, même si ce n’était pas vrai. Il s’était toujours dis que ça ne durerait pas, certain qu’il tiendrait le coup le temps qu’il faudrait, mais ce n’était que se mentir à lui-même. Rien ne permettrait à la vérité d’éclater, c’était trop tard, quoi qu’on lui dise, quoi que Mac Taylor lui dise. Il n’avait plus envie de chercher encore et encore dans des souvenirs qui refusaient de se dévoiler. Il en avait assez de vivre dans l’angoisse permanente et de ne pas savoir de quoi sera fait demain. Sa décision était prise, il jettait l’éponge. "Et comment te sent-tu à présent ?". "Je ne suis qu’un lâche, incapable de respecter une promesse". Etait-il à présent condamné à n’entendre que le côté obscur de sa voix intérieure ? Il n’y avait eu aucun indice nouveau depuis des années, pourquoi est-ce que ça changerait maintenant ?
- Mac ?
- Quoi ?
- Est-ce que vous m’en voulez ?
- Non, pourquoi ?
- Pour rien, je voulais savoir, c’est tout.
Mais Lucas ne crut pas Taylor. Bien sur qu’il lui en voulait, des années d’attente à espérer que peut-être un jour le mystère serait dévoilé, des années pour rien, perdues, envolées. Alors forcément, pour la première fois en 7 ans, Mac avait menti. Il ne croyait plus personne, même plus Mac qu’il considèrait pourtant comme un ami. S’il lui mentait pour ça, lui avait-il déjà menti pour autre chose ? Que savait-il, lui, de cette histoire ? Que savaient-ils que lui ne savait peut-être pas ? Et si depuis tout ce temps ils avaient menti, juste pour voir ses réactions ?
- Mac ?
- Quoi ? lui dit Taylor.
- Vraiment pour votre femme je suis navré, je ne l’avais jamais dit avant.
- N’en parlons plus.
- Elle avait tort cependant, la tranquillité ça n’existe pas. Moi je le sais et peut-être que vous aussi.
- Je vais demander à Stella de t’accompagner, tu vas avoir droit à une chambre d’hôtel un peut particulière pour ce soir.
- D’accord.
Il sentit Mac Taylor non pas en colère mais déçu. Il comprenait mais il voulait stopper ce carnage incessant qui ne faisait que constamment recommencer dans sa tête. "Pourquoi ne lui dis-tu pas ?" "Je ne veux pas qu’il sache, je ne veux pas qu’il s’inquiète pour moi, je veux que l’enfer s’arrête" "S’arrêtera t’il ?" "Je ne sais pas". Demain, peut-être que son esprit serait plus clair. Sans pression sur ses épaules, ça ne pourrait qu’aller mieux. Il pourrait traverser la rue sans se demander s’il était suivi, si l’ombre le guettait quelque part. |
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